Satamon
| Satamon | ||||||
Relief représentant Satamon provenant du temple funéraire d'Amenhotep III — Musée Petrie à Londres. | ||||||
| Nom en hiéroglyphe |
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| Transcription | Sȝ.t-mw.t | |||||
| Période | Nouvel Empire | |||||
| Dynastie | XVIIIe dynastie | |||||
| Fonction principale | grande épouse royale | |||||
| Famille | ||||||
| Grand-père paternel | Thoutmôsis IV | |||||
| Grand-mère paternelle | Moutemouia | |||||
| Grand-père maternel | Youya | |||||
| Grand-mère maternelle | Touya | |||||
| Père | Amenhotep III | |||||
| Mère | Tiyi | |||||
| Conjoint | Amenhotep III | |||||
| Fratrie |
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| Sépulture | ||||||
| Nom | WV22 ? | |||||
| Type | Hypogée | |||||
| Emplacement | Vallée de l'Ouest | |||||
| Date de découverte | 1799 | |||||
| Découvreur | Jean-Baptiste Prosper JolloisÉdouard de Villiers du Terrage | |||||
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Satamon (La Fille d'Amon) est l'ainée des princesses issues du mariage du pharaon Amenhotep III et de la grande épouse royale Tiyi. Elle devient elle-même reine consort dans la dernière partie du règne de son père.
Attestations
[modifier | modifier le code]Les attestations de la princesse sont les suivantes[1],[2] :
- une scène du temple de Soleb (avec ses parents et ses sœurs Iset et Henouttaneb), du côté nord du porche occidental de la première cour ; elle y est nommée en tant que « fille du roi »,
- une scène de Karnak, retrouvé sur des blocs en remploi dans le temple de Khonsou et appartenant à l'origine à un bâtiment associé aux fêtes jubilaires d'Amenhotep III[3] ; la scène Tiyi avec trois princesses (Iset, Satamon et Henouttaneb), tantôt debout, tantôt assises dans des chaises à porteurs[4],
- une inscription découverte dans le temple des millions d'années d'Amenhotep III à Thèbes-Ouest, avec ses sœurs Iset et Henouttaneb ; elle y est nommée en tant que « fille du roi »,
- une stèle en calcaire de l'un de ses subordonnées, conservée au musée du Château de Varaždin (AO 5279),
- une statue d'Amenhotep fils de Hapou, découverte à Karnak et conservée au Musée égyptien du Caire (CG 42127) ; le haut fonctionnaire, le plus important du règne d'Amenhotep III, était le grand intendant du domaine de la « fille du roi et grande épouse royale Satamon » ; il s'agit de l'une des deux seules attestations qu'il porta cette charge (il a porté au cours de sa vie de nombreux titres),
- un fragment de statue de ce même Amenhotep fils de Hapou, conservé au British Museum (EA 103)[5] ; la statue mentionne le fait qu'Amenhotep fils de Hapou est « intendant du domaine de la fille aînée du roi » ; le nom de la princesse n'est pas explicitement écrit, mais il s'agit sans aucun doute de son domaine dont il est question,
- une boîte fragmentaire en bois conservée au British Museum (EA 5899)[6] au nom de la « grande épouse royale » Tiyi et la « fille du roi et épouse du roi » Satamon,
- une boîte rectangulaire fragmentaire à pieds et corniche, conservée au Musée du Louvre (N 559)[7] ; cette boîte est au nom de la « grande épouse royale »,
- le bouton de coffre conservé au Musée égyptien du Caire (JE 67962)[8] ; la princesse y est cité en tant qu'« épouse du roi »,
- un vase en calcite conservé au Musée égyptien du Caire (CG 18459) ; la princesse y est cité en tant que « fille du roi et épouse du roi » ; son nom a été arasé pour être remplacé par celui de son père,
- un étui à khôl en faïence conservé au Metropolitan Museum of Art (26.7.910)[9], elle y est nommée en tant que « fille du roi et grande épouse royale »,
- deux chaises découvertes dans la tombe KV46 de ses grands-parents Youya et Touya et conservées au Musée égyptien du Caire (CG 51112 et 51113) ; elle est citée en tant que « fille du roi Satamon, née de la grande épouse royale Tiyi » sur la chaise CG 51112 et « grande épouse royale Satamon » sur la chaise CG 51113,
- près de 59 étiquettes de jarre découvertes à Malqata ; elle porte le titre de « fille du roi » sur la plupart d'entre elles, et le titre de « grande épouse royale » sur 31 d'entre elles,
- peut-être une estampille de jarre, découverte à Deir el-Médineh, qui cite le domaine d'une Satamon,
- une empreinte de sceau et un élément de récipient découverts dans la tombe KV55 ; le sceau mentionne également un domaine de la princesse[10],
- un fragment de vase en pâte bleue découvert à Amarna ; elle y est nommée en tant que « fille du roi »,
- deux châtons de bagues découverts à Malqata,
- un scarabée conservé au British Museum (EA 39240)[11], ainsi qu'un second vendu aux enchères chez Drouot le 30/11/2011, et peut-être un troisième conservé également au British Museum (EA 37720)[12] mais dont la lecture est incertaine,
- un fragment de sistre conservé au musée du Louvre (E 10894)[13],
- un autre fragment de sistre (ou de manche de miroir) et une perle de faïence, provenant tous deux d'Hypselis et appartenant tous deux à l'ancienne collection Michaelides,
- un fragment de vase découvert dans la tombe d'Amenhotep III dans la vallée des Singes (WV22).
Une stèle de Nébetkaneby, nourrice d'une fille royale Satamon, découverte à Abydos et conservée au Musée égyptien du Caire (CG 34117), a parfois été considérée comme faisant partie des attestations de la fille d'Amenhotep III. En effet, seule deux princesses Satamon sont connues avec certitude, l'autre étant la fille d'Ahmôsis Ier. Or, les membres de la famille de Nébetkaneby ont eu des charges dans le temple des millions d'années de Thoutmôsis III, la fille d'Ahmôsis Ier est donc exclue. En conséquence, par défaut, Nébetkaneby a été considéré comme la nourrice de la fille d'Amenhotep III. Toutefois, l'étude stylistique de la stèle ne cadre pas du tout avec la datation de la fille d'Amenhotep III, mais plutôt avec une datation correspondant aux règnes de Thoutmôsis III et Amenhotep II. Ainsi, il est possible que cette stèle soit la seule attestation d'une princesse nommée Satamon et fille de l'un de ces deux rois[14].
Généalogie
[modifier | modifier le code]Satamon est la fille aînée du roi Amenhotep III et de la grande épouse royale Tiyi[15]. Elle devient plus tard une grande épouse royale de son père, vers l'an 30 du règne de son père lors de sa première fête-Sed ; elle devait avoir entre vingt et trente ans[16]. Elle est suivie par sa cadette Iset et peut-être par Henouttaneb[17]. Satamon et sa ou ses sœurs sont donc grandes épouses royales en même temps que leur propre mère Tiyi, qui ne meurt en effet que sous le règne de son fils Akhenaton.
Des chercheurs ont voulu faire de Satamon, en tant que grande épouse royale d'Amenhotep III, la mère de Toutânkhamon. Ce dernier parlait en effet d'Amenhotep III comme s'il s'agissait de son père. Cependant, que ce soit la chronologie ou les études historiques et ADN, tout converge pour faire de Toutânkhamon le petit-fils d'Amenhotep III. Parler d'Amenhotep III en tant que père n'est donc pas à prendre au pied de la lettre mais faisait partie de l'idéologie royale de l'époque, surtout que le roi Akhenaton, fils d'Amenhotep III et très probable père de Toutânkhamon, a lui subi une damnatio memoriae[18]. Smenkhkarê a également été proposée, sans plus d'argument que l'absence totale de données sur ce roi[19].
Biographie
[modifier | modifier le code]La princesse devait avoir une relation particulière avec ses grands-parents maternaux, Youya et Touya, comme l'attestent les deux chaises découvertes dans la tombe de ces derniers[15].
La princesse, ainsi que ses sœurs Iset et Henouttaneb, ont probablement eu à jouer des rôles rituels, comme l'attestent les scènes du temple de Soleb et du temple des millions d'années d'Amenhotep III à Thèbes-Ouest. Malheureusement, l'état très lacunaires de ces deux temples ne permet pas aujourd'hui d'être certain du rôle de ces princesses dans ces scènes[20].
La princesse est surtout connue pour son rôle de grande épouse royale, titre qu'elle reçoit à la fin du règne. En tant que telle, elle possède son propre domaine, comme l'attestent les nombreuses étiquettes de jarres découvertes à Malqata[note 1]. Certaines jarres contenaient des préparations à base de dattes, et d'autres de la graisse animale fraiche. Les propriétés de la reine étaient donc constituées de palmeraies et de troupeaux. Ces produits ont été utilisés lors des fêtes-Sed de l'an 34 et de l'an 36. Le village de Deir el-Médineh a peut-être également bénéficié des produits du domaine de la reine, comme l'atteste une estampille de jarre découverte au village[16]. Le grand intendant du domaine est Amenhotep fils de Hapou, l'un des fonctionnaires favoris du souverain. D'autres fonctionnaires attachés au domaine sont connus, notamment un scribe nommé Houy et un portier, dont le nom ne nous est pas parvenu[16].
Selon certains chercheurs, la princesse aurait subi une damnatio memoriae, comme l'atteste la destruction spécifique de la figure de princesse entre les jambes du colosse d'Amenhotep III situé le Xe pylône du temple d'Amon-Rê à Karnak, une représentation similaire sur les colosses de Memnon, et enfin une figure humaine arasée derrière Amenhotep III dans une scène sur la face nord du IIIe pylône du temple d'Amon-Rê à Karnak. L'hypothèse est que la fille aînée aurait été nommée comme héritière de son père, et que, lors de l'avènement de son frère Amenhotep IV, ce dernier aurait tenté de se venger. Ceci est cependant loin d'être assuré, car certaines figures de la princesse-reine sont restées intactes et il n'y a aucune preuve que celles détruites étaient les siennes ; de plus, un fragment de vase en pâte bleue a été découvert à Amarna, ville fondée par son frère Amenhotep IV quelques années après sa montée sur le trône[18].
Sépulture
[modifier | modifier le code]La princesse et reine Satamon, tout comme sa mère la reine Tiyi, a peut-être bénéficié d'une salle propre à elle dans la tombe WV22 d'Amenhotep III. En effet, deux salles funéraires, avec chacune une annexe pour les vases canopes, ont été ajoutées au plan initial de la tombe. Plusieurs chercheurs considèrent que ces salles ont été destinées à Satamon et Tiyi. Une autre possibilité est que l'une d'elle était destinée au fils royal et premier héritier, le prince Thoutmôsis, dont la tombe n'est pas connu. Il ne serait pas le premier prince à être enterré avec son père : c'est le cas du prince Oubensénou dans la tombe KV34 d'Amenhotep II. In fine, aucun relief ni matériel funéraire n'atteste formellement de l'utilisation de ces deux salles[21].
Une tombe propre à elle est peut-être mentionné sur l'ostracon Louvre 666, qui mentionne une inspection pendant le règne de Ramsès II de la tombe de la « fille du roi Satamon »[22]. Cependant, il pourrait s'agir de la fille d'Ahmôsis Ier, ou bien de la potentielle princesse datée des règnes de Thoutmôsis III et Amenhotep II. En effet, l'ostracon ne mentionne pas le titre de « grande épouse royale », titre pourtant très important.
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ Le palais de Malqata semble avoir été construit à la fin du règne. Or un plus grand nombre d'étiquettes au nom de la princesse-reine ont été découvertes que d'étiquette au nom de Tiyi (une seule étiquette). Cela a pu faire dire que la princesse avait gagné un plus grand rôle à la fin du règne que sa propre mère, pourtant toujours vivante. Cependant, il est probable qu'il s'agisse un biais de conservation d'artefacts archéologiques et aucune conclusion trop affirmative ne peut être arrêtée.
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ Cabrol 2000, p. 141-147.
- ↑ Duhard 2016, p. 130-140.
- ↑ Bickel 2006, p. 23-4.
- ↑ Bickel 2006, p. 26.
- ↑ (en) « Bas de la statue d'Amenhotep fils de Hapou (EA 103) » (consulté le )
- ↑ (en) « Boîte du British Museum (EA 5899) » (consulté le )
- ↑ « Boîte du Louvre (N 559) » (consulté le )
- ↑ Helck 1957, p. 1773, no 625.
- ↑ « Étui à khôl du Metropolitan Museum of Art (26.7.910) » (consulté le )
- ↑ Reeves et Wilkinson 1996, p. 119-120.
- ↑ (en) « Scarabée du British Museum (EA 39240) » (consulté le )
- ↑ (en) « Scarabée du British Museum (EA 37720) » (consulté le )
- ↑ « Fragment de sistre du Louvre (E 10894) » (consulté le )
- ↑ Cabrol 2000, p. 141-144.
- Cabrol 2000, p. 141.
- Cabrol 2000, p. 145.
- ↑ Cabrol 2000, p. 148.
- Cabrol 2000, p. 146.
- ↑ Cabrol 2000, p. 159, note 38.
- ↑ Cabrol 2000, p. 145-146.
- ↑ Cabrol 2000, p. 146-147.
- ↑ Cabrol 2000, p. 147.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (de) Hans Wolfgang Helck, Urkunden der 18. Dynastie, t. 20, (lire en ligne) ;
- (en) Carl Nicholas Reeves et Richard H. Wilkinson, The Complete Valley of the Kings: Tombs and Treasures of Egypt's Greatest Pharaohs, Londres, Thames & Hudson, (ISBN 978-0-500-28403-2) ;
- Agnès Cabrol, Amenhotep III : Le Magnifique, Editions du Rocher, , 480 p. (ISBN 978-2-2680-3583-3) ;
- Susanne Bickel, « Amenhotep III à Karnak. L’étude des blocs épars », Bulletin de la Société française d’égyptologie, no 167, , p. 12-32 (lire en ligne) ;
- Arnault Duhard, La reine Tiyi de la XVIIIeme dynastie : catalogue des documents-commentaires et étude critique (thèse de doctorat en égyptologie), Montpellier, , 670 p. (HAL tel-01508510, lire en ligne).