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En 1987, les Russes d�voilent trois missions � destination
de la plan�te rouge. Il s'agit de Mars 92, de Mars 94 et de Mars 96. Les deux premi�res
missions doivent emporter un gros robot mobile qui gambadera � la surface de Mars
ainsi qu'un ballon
atmosph�rique. Quant � Mars 96, son objectif n'�tait autre qu'un retour
d'�chantillons. Ces missions avaient en fait un objectif bien pr�cis : la pr�paration
d'une exp�dition habit�e vers Mars pour le d�but du XXI
�me si�cle.
D'apr�s certains indices que l'on commence seulement � conna�tre, il semble bien que
les Russes n'aient jamais abandonn� l'id�e d'aller sur Mars. Mais l'�chec des missions
Phobos et le d�mant�lement de l'Union Sovi�tique mettront � mal cette initiative. Le
programme martien Russe subira des coupes budg�taires, des modifications de calendrier et
l'abandon de certaines options comme le retour d'�chantillons. Le projet est annul�
avant de r�appara�tre sous les traits d'une sonde internationale, Mars 96. Mars 96 �tait une mission tr�s ambitieuse dans la pure lign�e de la tradition d'exploration spatiale russe, pour laquelle de nombreux scientifiques avaient travaill� pendant plus d'une dizaine d'ann�es. V�ritable poids lourd de 6 tonnes, c'�tait la sonde la mieux �quip�e jamais lanc�e par l'homme et elle constituait probablement la derni�re grande mission d'exploration plan�taire russe. Avec Mars Global Surveyor, Mars 96 devait nous permettre d'approfondir notre connaissance de Mars et d'en apprendre plus sur sa composition, sa structure interne, sa surface, son atmosph�re, son �ventuelle activit� magn�tique et son enveloppe de plasma. Des �tudes d'astrophysique �taient �galement pr�vues. L'orbiteur de Mars 96L'orbiteur de Mars 96 (d'un poids total de 6180 kg, dont 3 tonnes d'ergols), con�u par les bureaux d'�tudes de la NPO Lavotchkin, �tait bas� sur le design de la sonde Phobos. L'unit� de propulsion �tait mont�e dans la partie inf�rieure de la sonde, deux larges panneaux solaires s'�tendant de part et d'autre. La coupole de l'antenne de communication �tait fix�e sur l'un des c�t�s de la sonde. En plus de l'orbiteur, la mission comportait aussi deux p�n�trateurs et deux atterrisseurs. Mars 96 transportait des exp�riences d'une vingtaine de pays dont onze europ�ens (dont la France) et deux exp�riences am�ricaines, soit 550 kg d'instruments scientifiques pour une vingtaine d'exp�riences en orbite et une vingtaine � la surface de Mars (7 pour les atterrisseurs et 10 pour les p�n�trateurs). L'orbiteur emportait 12 instruments pour l'�tude de la surface de Mars et de l'atmosph�re, 7 instruments pour �tudier le plasma, les champs et les particules, et 3 instruments pour les �tudes astrophysique. Les instruments �taient fix�s soit directement sur les c�t�s de l'engin, soit sur l'une des deux plates-formes sp�cialement pr�vues � cet effet, ou encore � l'extr�mit� des panneaux solaires. Parmi les instruments de la charge utile, on trouvait une cam�ra allemande (HSRC) qui devait cartographier la totalit� de la surface martienne avec une r�solution de quelques centaines de m�tres (contre 1 km pour les cam�ras des Viking). Elle �tait capable de distinguer des d�tails de 10 m�tres � peine dans les meilleures conditions. Cette cam�ra n'est heureusement pas perdue et une version am�lior�e partira finalement vers la plan�te rouge � bord de la sonde Mars Express de l'ESA. Un spectro-imageur infrarouge fran�ais (Om�ga) devait se pencher sur la composition de la surface et de l'atmosph�re. Il s'agissait en particulier de rechercher des carbonates dans le sol martien (pour mener une �tude de l'atmosph�re primitive de Mars). Il �tait �galement pr�vu de mesurer le taux de fuite dans l'espace des ions afin d'�lucider le m�canisme "d'�vaporation" de l'atmosph�re. Certains instruments �taient d�di�s � l'�tude de l'environnement en plasma, de l'ionosph�re et du champ magn�tique martien. Des exp�riences radios �taient �galement au programme et un dosim�tre devait nous permettre d'en savoir plus sur les radiations. Liste des instruments de Mars 96
Les stations au solLes mesures in situ �taient confi�es � deux petites stations automatiques con�ues selon le mod�le des "fleurs de Lune" de l'ancien programme Luna et charg�es d'exp�riences g�ophysiques, g�ochimiques et m�t�orologiques. Les petites stations �taient prot�g�es par un bouclier cylindrique de 1 m�tre de diam�tre pour 1 m�tre de haut, et d'un poids de 25,5 kg. L'atterrisseur lui m�me ne pesait que 10 kg. L'entr�e atmosph�rique �tait pr�vue � une vitesse de 5,75 km/s, avec un angle de 10,5 � 20,5�. Le bouclier �tait �ject� avant l'atterrissage et la station frein�e par des parachutes. Apr�s l'atterrissage, la petite sonde s'ouvrait gr�ce � quatre p�tales triangulaires dispos�s � 30 cm de la base centrale. Les deux stations devaient atterrir dans la r�gion d'Arcadia Planitia et d'Amazonis Planitia au nord ouest d'Olympus Mons (premier site d'atterrissage � 41,31� N et 153,77� W, deuxi�me site d'atterrissage � 32,48� N et 169,32� W, site de secours � 3,65� N et 193� W). Elles devaient dans un premier temps �tudier la structure verticale de l'atmosph�re et prendre des clich�s pendant leur descente, gr�ce � une cam�ra similaire � celle emport� maintenant par l'atterrisseur Mars Polar Lander (MARDI). Une mini station m�t�orologique (Finlande), situ�e � 1 m�tre environ au dessus de la base centrale, avait pour but d'�tudier les variations diurnes, nocturnes, saisonni�res et annuelles de l'atmosph�re martienne. Les p�tales portaient �galement des instruments � leur extr�mit� : un magn�tom�tre pour l'�tude du champ magn�tique fourni par la France, un sismom�tre pour d�tecter une �ventuelle activit� sismique (cette exp�rience avait �t� baptis�e Optimism, en raison des maigres chances de trouver une activit� sismique martienne) et un spectrom�tre Alpha Proton Rayons X (APXS similaire � celui du robot Sojourner) fourni par l'Allemagne pour d�terminer la composition �l�mentaire du sol. Un dispositif am�ricain nomm� MOX (Mars Oxidant Experiment) �tait charg� de mesurer l'abondance en oxydes. Enfin, une cam�ra panoramique (France et Russie) �tait mont�e sur un mat fix� � la base centrale. La dur�e de vie des stations �tait de 700 jours, soit un peu plus d'une ann�e martienne. L'alimentation �lectrique �tait assur�e par une batterie, deux g�n�rateurs � radio-isotopes et une source secondaire. Un �quipement radio assurait les communications avec la Terre via l'orbiteur. Les p�n�trateursPour compl�ter les mesures de surface, les Russes avaient con�u deux p�n�trateurs qui, en s'enfon�ant � 6 m�tres de profondeur dans le sol martien, devaient livrer pour la premi�re fois des donn�es physico-chimiques du sous-sol d'une autre plan�te. Ils �taient accroch�s sous l'orbiteur, pr�s du syst�me de propulsion. Une fois s�par� de la sonde, le p�n�trateur aurait allum� son propre moteur pour se placer sur sa trajectoire de rentr�e. L'entr�e atmosph�rique �tait pr�vue � une vitesse de 4,9 km/s et � un angle de 10 � 14�, 21 � 22 heures apr�s l'�jection du p�n�trateur. L'engin aurait subi une d�c�l�ration a�rodynamique avant de compl�ter son freinage par l'ouverture d'un ballon. Ce qui ne devait pas emp�cher un impact brutal avec le sol, � une vitesse de 80 m/s ! Le premier p�n�trateur devait atterrir pr�s de l'une des deux stations au sol, alors que l'autre (qui pouvait �tre lib�r�e au cours de la m�me orbite) devait percuter le sol martien un peu plus loin. Lors de l'impact, la partie inf�rieure du p�n�trateur devait s'enfoncer dans le sol, alors que la partie sup�rieure restait en surface (en particulier pour la transmission des donn�es). Ces p�n�trateurs sont similaires � ceux de la mission Deep Space 2. Au programme, �tude de l'activit� sismique, d�termination des caract�ristiques m�caniques (au moment de l'impact), physiques, magn�tiques et chimiques du r�golite martien (ce qui incluait sa teneur en eau). Des observations m�t�orologiques et une collecte de donn�es sur le champ magn�tique �taient �galement pr�vues. Une cam�ra CCD, mont� sur un axe d'un m�tre de haut devait enfin fournir des panoramas complets du site d'atterrissage. Les donn�es scientifiques, acquises peu apr�s l'atterrissage, devaient �tre transmises � l'orbiteur pour �tre finalement relay�es sur Terre. Les p�n�trateurs avaient une dur�e de vie d'une ann�e terrestre. La missionLe lancement de Mars 96 �tait initialement pr�vu pour le 20 octobre 1994, mais il n'eut pas lieu et fut donc report� pour l'automne 96. La fen�tre de 1996, moins favorable que celle de 1994, a impos� une reconsid�ration du bilan de masse de la sonde. Apr�s 11 mois de voyage, la sonde devait atteindre Mars le m�me jour que la sonde Mars Global Surveyor, soit le 12 septembre 1997. Dans un premier temps, Mars 96 se serait plac�e sur une orbite de transfert elliptique (300 x 52 000 km, 72 heures de r�volution) avant de gagner son orbite finale (orbite polaire, inclinaison de 90�, 300 km d'altitude, 14,7 heures de r�volution). Les atterrisseurs auraient du �tre largu�s quatre � cinq jours avant l'arriv�e de la sonde, de mani�re � diminuer la d�pense en carburant et � all�ger l'engin. Pour des raisons financi�res, la phase d'atterrissage n'avait pas pu �tre r�p�t�e sur Terre. Apr�s l'insertion sur son orbite de transfert elliptique et 7 � 28 jours de manuvres orbitales, l'orbiteur aurait du s'orienter correctement et �jecter le premier puis le second p�n�trateur. La dur�e de fonctionnement th�orique de la sonde �tait de deux ans. Le lancement ...Mars 96 quitte finalement la Terre le 16 novembre 1996, gr�ce � un lanceur Proton, une fus�e � quatre �tages. Le d�collage se passe sans probl�mes, et apr�s la s�paration du troisi�me �tage, la sonde se retrouve sur une trajectoire suborbitale � 145 km d'altitude. A ce moment la, Mars 96 est attach� au quatri�me �tage du lanceur Proton (le Block D-2) qui doit arracher la sonde � la gravit� terrestre et la lancer d�finitivement vers Mars. La sonde Mars 96 poss�dait �galement son propre �tage propulsif, l'ADU, qui avait son r�le � jouer dans la derni�re phase du lancement (l'injection sur orbite solaire). Le Block D-2 devait s'allumer une premi�re fois pendant 2 minutes pour placer la sonde sur une orbite circulaire de parking (148 km x 148), avec une inclinaison de 51,5�. Le deuxi�me allumage devait intervenir environ 50 minutes apr�s : le moteur devait alors fonctionner une seconde fois pendant 7 minutes, pour placer la sonde sur une nouvelle orbite terrestre fortement excentrique (200 km x 314 000 km) avec une inclinaison de 51,8�. Le Block D-2, son travail termin�e, devait alors se s�parer de la sonde Mars 96. La derni�re �tape du lancement incombait au moteur ADU. Il devait permettre � la sonde de quitter son orbite terrestre excentrique en l'injectant sur une orbite solaire � destination de la plan�te rouge. Son allumage �tait pr�vu 2 minutes apr�s l'extinction d�finitive du Block D-2, et il devait fonctionner pendant 3 minutes. ... et la fin de Mars 96A 22:07 UTC, le contact t�l�m�trique est perdu avec Mars 96 et celle-ci dispara�t des radars. On pense imm�diatement � une explosion, mais la v�rit� est tout autre. Le premier allumage du Block D-2 se passe correctement. Mais la catastrophe survient lors du deuxi�me allumage. Le moteur du Block D-2 s'allume pour s'�teindre presque aussit�t, 4 secondes apr�s, pour une raison qui reste inconnue. La sonde se retrouve alors sur une orbite basse de 145 km x 171 km, avec une inclinaison de 51,6�. Une orbite bien diff�rente de l'orbite fortement excentrique qu'elle devait atteindre gr�ce au fonctionnement du moteur du Block D-2. Mars 96 se s�pare alors du Block D-2 et allume son propre moteur ADU. Mais ce moteur ne peut plus faire partir la sonde vers Mars. Comme Mars 96 est rest�e sur une orbite basse de parking, l'allumage du moteur ADU va juste �lever l'apog�e, alors que le p�rig�e (le point de l'orbite le plus proche de la surface terrestre) va se retrouver dans les hautes couches de l'atmosph�re terrestre. Mars 96 est maintenant sur une orbite de 87 km x 1500 km. Le p�rig�e est bien trop bas et la pauvre sonde n'en a plus pour longtemps. A chaque passage, elle va subir la friction des hautes couches de l'atmosph�re. Sa vitesse va diminuer, ainsi que l'altitude de son prochain passage � l'apog�e (c'est d'ailleurs le principe du freinage atmosph�rique, utilis� pour modifier les param�tres orbitaux de certaines sondes comme Mars Global Surveyor ou Mars Climate Orbiter). Mars 96 va encore tourner deux fois autour de la Terre puis elle ne pourra plus �chapper � son destin : sa rencontre avec les couches denses de l'atmosph�re terrestre et sa d�sint�gration. Son plongeon vertigineux se terminera dans une zone ovale pr�sum�e de 80 km sur 320 km, orient�e sud-ouest nord-est, et qui inclut l'oc�an Pacifique, le Chili et la Bolivie (le centre est � 32 km � l'est de Iquique au Chili). Le superbe engin, v�ritable bijou de technologie et d'ing�niosit�, qui devait lever tant de myst�res sur la plan�te rouge, a termin� sa course au dessus d'un d�sert terrestre. Les d�licats p�tales des stations tordus sous des forces implacables, les instruments scientifiques pulv�ris�s dans une pluie de d�bris m�tallique, la superbe m�canique r�duite � n�ant dans un feu d'artifice. Nul doute que le spectacle devait �tre magnifique. Nul doute aussi qu'il aurait bris� le cur de ceux qui ont d�pens� plusieurs ann�es de leur vie sur cette sonde maudite. La plan�te rouge ne se laisse pas facilement apprivoiser. La rentr�e atmosph�rique de Mars 96 a du se produire le 17 novembre 1996, entre 00:45 et 01:30 UTC. Les sources Russes indiquent que l'impact avec la surface terrestre a eu lieu entre 01:00 et 01:30. Vers 00:50 du matin, des t�moins oculaires observent une m�t�orite en train de se fragmenter en mille morceaux au dessus du d�sert d'Atacama, pr�s de la fronti�re entre le Chili et la Bolivie, alors que le r�seau de surveillance spatiale am�ricain avait suivi la rentr�e atmosph�rique d'un objet � 00:49. D'autres observateurs pensent avoir vu des objets tomber au sol. Mais nous n'avons en fait jamais rien retrouv�. Aucun fragment de m�tal tordu, aucune partie de la sonde elle m�me ou du quatri�me �tage. Aucune trace de radioactivit�. Personne ne sait ou s'est �cras� la sonde Mars 96. Personne ne sait non plus pr�cis�ment ce qui a frapp� Mars 96 dans sa course vers la plan�te rouge. La cause du crash est inconnue et il n'est pas possible de savoir s'il s'agit d'un dysfonctionnement au niveau de l'�tage sup�rieur de la fus�e Proton (Block D-2) ou de la sonde Mars 96 elle m�me (celle-ci n'aurait pas envoy� de donn�es au Block D-2, ou les donn�es �taient corrompues ou invalides). Selon certains rapports, c'est le moteur ADU qui n'a pas fonctionn� comme pr�vu, son arr�t pr�matur� ayant caus� la perte de Mars 96. On peut encore lire dans certains comptes-rendus qu'apr�s un allumage correct, il aurait brusquement cess� de fonctionner apr�s 20 secondes, alors qu'il devait fonctionner pendant pr�s de 3 minutes comme nous l'avons vu. En fait, pour �tre honn�te, on peut seulement r�sumer l'accident en une seule ligne : un �tage sup�rieur d�fectueux et une injection sur orbite solaire qui �choue. Nous n'en savons gu�re plus pour la simple et bonne raison que personne ne s'attendait � un d�nouement pareil et que les moyens techniques qui auraient permis de suivre Mars 96 pendant cette �tape de "routine" qu'est un lancement n'avaient pas �t� mis en uvre. C'est ce manque de donn�es t�l�m�triques pendant une phase devenue subitement critique qui interdit toute conclusion. L'allumage (le deuxi�me en particulier) et le fonctionnement du Block D-2 n'ont pas �t� observ�s directement depuis la Terre. Au moment du drame, la sonde �tait effectivement hors de port�e des antennes des stations de poursuite Russes et aucune donn�e de t�l�m�trie n'a alors pu �tre recueillie. Le contr�le de mission est donc aveugle. Le navire de cosmographie Victor Patsaiev, qui aurait pu recevoir les signaux de Mars 96 au large des c�tes africaines, n'�tait pas en poste � ce moment l�, par mesure d'�conomie ! Les premi�res donn�es de t�l�m�trie sont re�ues par la station de poursuite Russe � Evpatoriya en Crim�e, bien apr�s le long feu du Block D-2. Encore aujourd'hui, sur le site Russe de l'IKI, on peut lire ce petit paragraphe qui date du 17 novembre 1996 : "Nous n'avons aucune raison de nous f�liciter. La mission Mars 96 est un �chec. La sonde est rest�e en orbite basse autour de la Terre et va s'�craser � sa surface". Notons que le quatri�me �tage du lanceur Proton, le Block D-2, est responsable de 3 �checs de lancement : le satellite de communication militaire russe Raduga en f�vrier 1996, la sonde Mars 96 ainsi que le satellite asiatique Asiasat 3 en d�cembre 1997. Il est assez �tonnant de lire le compte rendu de tir de ce dernier satellite et d'apprendre que, comme pour Mars 96, tout s'est d�roul� correctement jusqu'au deuxi�me allumage du Block D-2 : le moteur a fonctionn� pendant une seule petite seconde, alors qu'il devait rester allumer pendant 110 secondes ! La perte consternante de Mars 96 a �t� ressenti comme un v�ritable choc par la communaut� scientifique internationale. Bien sur, certaines personnes avaient �mis des doutes s�rieux sur le manque de fiabilit� de tels ou tels composants ou instruments scientifiques (les p�n�trateurs par exemple). Malgr� cela, avec une charge utile sans �quivalent, des instruments venus de 20 pays diff�rents et des �quipes parfaitement comp�tentes pour les supporter, Mars 96 aurait permis de r��crire la science martienne. Ses promesses �taient �normes. Les r�sultats qu'elle aurait du engranger avaient de quoi faire p�lir d'envie le plus blas� des plan�tologues. L'�chec de Mars 96 a entra�n� une s�v�re perte de prestige vis a vis de l'astronautique Russe. Les ing�nieurs s'�taient pourtant battu jusqu'au bout pour pr�parer et faire partir � temps la pr�cieuse sonde. Sa destruction n'en a �t� que plus terrible pour eux. Un coup tr�s dur pour l'exploration spatiale Russe, qui �tait d�j� � bout de souffle. Mars 96 repr�sente le dixi�me �chec cons�cutif des Russes (mis � part les sondes Mars 5 et Phobos 2 qui ne sont que des demi �checs). La perte financi�re de Mars 96 est �galement �norme : 600 millions de dollars c�t� Russes et 900 millions pour les autres partenaires, dont 230 millions pour la France. Le pire, c'est que les m�dias ont pass� sous silence l'aspect scientifique de la mission et la catastrophe de sa perte pour pr�senter un autre point, bien plus d�solant. Mars 96 transportait effectivement un compos� fortement radioactif avec elle. Apr�s l'incident en orbite et les premiers calculs sens�s d�terminer son point d'impact, on s'est vite rendu compte qu'elle allait frapper ... l'Australie ! Une sonde en perdition, quelques centaines de grammes de plutonium � son bord et un impact probable sur le continent australien. Un mauvais sc�nario de science fiction ? Non, tout simplement la r�alit�, ou presque. Certains m�dias ne pouvaient pas manquer �a ! Mars 96 emportait effectivement avec elle du plutonium 238, histoire d'alimenter ses g�n�rateurs radio isotopiques (RTG). Ce genre de g�n�rateur utilise la d�composition radioactive du plutonium pour produire de la chaleur, qui est ensuite convertie en �lectricit�. Obtenu par l'irradiation de Neptunium 237, le plutonium 238 a une p�riode de vie de 87 ans, ce qui est bien suffisant pour assurer l'alimentation en �nergie d'une sonde spatiale pendant toute la dur�e de sa mission. Hautement radioactif, les particules alpha qu'il �met sont pourtant toutes arr�t�es par un �cran de quelques centim�tres d'�paisseur. La masse totale de plutonium emport� par Mars 96 est estim� � 200 g. Les petites stations comportaient chacune 1 RTG avec 15 grammes de plutonium pour chaque. Les deux p�n�trateurs emportaient aussi 1 RTG chacun. Le plutonium �tait conditionn� pour r�sister � la chaleur et au choc d'un impact tr�s important. Il a s�rement surv�cu � la r�entr�e atmosph�rique. Lorsque les ing�nieurs Russes re�oivent les premi�res donn�es de t�l�m�trie de la station de poursuite � Evpatoriya en Crim�e, ils se rendent bien compte que quelque chose cloche avec leur sonde. Ils demandent alors assistance � l'US Space Command aux Etats Unis. Celui-ci pointe ses antennes radio et traque bient�t un objet en orbite, qui ne va pas tarder � s'�craser sur Terre. L'US Space Command annonce sa chute dans l'h�misph�re sud, en Australie. L'Australie risque de se retrouver sous une pluie de plutonium ! L'alerte est remont�e jusqu'au Conseil National de S�curit� am�ricain (National Security Coucil, NSC), qui informe le pr�sident Bill Clinton, alors en voyage dans les �les Hawa�. Un coup de fil, et le premier ministre australien est pr�venu de l'imminence de la catastrophe. Les australiens mobilisent des unit�s militaires et se pr�parent au pire ... En fait, ce que personne ne sait encore, c'est que la sonde Mars 96 ne peut plus causer de soucis, car elle s'est d�j� �cras�e dans le pacifique. L'US Space Command n'a en fait suivi que le quatri�me �tage de la fus�e Proton. Les Russes calculent un nouveau point d'impact et annoncent que le Block D-2 va s'�craser dans le pacifique. L'US Space Command prendra conscience de son erreur de calcul et confirmera les pr�dictions russes. Tout cela se termine aussi brutalement que cela avait commenc�. La catastrophe est �vit� et l'�chec de Mars 96 est bien vite oubli� par tout le monde. Tout le monde ? Evoquez donc avec un scientifique ou � un ing�nieur impliqu� dans cette aventure la perte de Mars 96. Vous serez alors surpris de voir que la cicatrice n'est pas pr�t de dispara�tre. S�quence des �v�nements, depuis le lancement jusqu'au crash
Mars 98Mars 98 a connu le m�me report que la mission Mars 96. Son lancement �tait programm� pour 1998, pour finalement �tre abandonn�. Peu d'exp�riences avaient �t� pr�vues pour cette mission, et l'essentiel de la charge utile �tait r�serv�e � un ballon fourni par le CNES et � un petit v�hicule automatique au nom maintenant c�l�bre : Marsokhod. |
L'orbiteur de la mission Mars 96 devait �tudier la plan�te Mars sous toutes ses coutures gr�ce � une foule d'instruments scientifiques (Cr�dit photo : CNES/David Ducros).
Mars 96 repr�sentait sans doute l'une des plus ambitieuses sondes spatiales jamais cr��e par l'Homme. Son �chec fut une perte terrible pour l'exploration de la plan�te Mars (Cr�dit photo : droits r�serv�s).
Dessin d'artiste du largage des petites stations de Mars 96. Les stations sont enferm�es dans une petite capsule munie d'un bouclier thermique. Apr�s la travers�e de l'atmosph�re, le bouclier est �ject� et un parachute prend le relais. La descente se termine par le gonflage d'un ballon protecteur autour de la station. L'engin va rebondir un certain nombre de fois � la surface de Mars avant de s'immobiliser. Apr�s l'abandon du ballon, la petite station s'ouvre comme une fleur en d�ployant ses quatre p�tales sph�riques (Cr�dit photo : CNES/David Ducros).
Les deux stations au sol du vaisseau Russe Mars 96 devaient atterrir gr�ce � un ballon protecteur. Il s'agit en fait de deux sph�res, qui selon une technique mise au point dans les ann�es 1960 pour les sondes luna, s'ouvraient en p�tales de mani�re � replacer l'engin � l'endroit. L'entr�e dans l'atmosph�re �tait suivie du d�ploiement du parachute, de l'�jection du bouclier thermique, du largage de la sonde au bout de sa bride et finalement du gonflage du ballon protecteur avant l'arriv�e au sol. Grande premi�re, les stations devaient prendre des vues de la surface martienne pendant leur descente, gr�ce � une cam�ra CCD (500 x 400 pixels, r�solution de 20 m�tres/pixel � 1 centim�tre /pixel). (Cr�dit photo : droits r�serv�s).
Dessin d'artiste de la descente des p�n�trateurs de Mars 96. Apr�s son �jection, le p�n�trateur subit une d�c�l�ration a�rodynamique avant de compl�ter son freinage par l'ouverture d'un ballon en forme de volant de badminton. L'impact avec le sol est violent et une bonne partie du p�n�trateur s'enfiche dans le sol. (Cr�dit photo : CNES/David Ducros).
Les p�n�trateurs �taient constitu�s d'une partie inf�rieure, destin�e � s'enfoncer dans le sol et d'une partie sup�rieure, beaucoup plus large et en forme d'entonnoir, sens�e rester � la surface. La majeure partie des instruments �tait confin�e dans un cylindre fin. On y trouvait un sismom�tre, un acc�l�rom�tre, un thermom�tre, un d�tecteur � neutrons et un spectrom�tre Alpha Proton Rayons X (similaire � l'APXS de Sojourner), un spectrom�tre gamma et une sonde thermique. C�t� surface on recense des senseurs m�t�orologiques, un magn�tom�tre, une cam�ra de t�l�vision et le syst�me de transmission des donn�es (Cr�dit photo : CNES/David Ducros).
Om�ga �tait l'imageur spectral de la sonde Mars 96. Cet instrument aurait permis d'observer la quasi-totalit� de la surface de Mars et d'obtenir des images avec une r�solution variant de 350 m�tres � 10 km (dans un domaine spectral s'�tendant de 0,4 � 5,2 microns et une r�solution de 20 nm).(Cr�dit photo : droits r�serv�s).
Gros plan sur le sismom�tre de l'exp�rience Optimism. Con�u pour enregistrer les ondes sismiques de longue p�riode, il comprend un pendule (masse d'�preuve) support� par un ressort. La d�tection du mouvement du pendule lors d'une secousse sismique est assur�e par deux capteurs (capacitif et inductif). Maintenu sous vide, le pendule est enferm� dans une demi sph�re de titane parfaitement visible ici (Cr�dit Photo : IPGP/INSU/SODERN).
Le lancement de Mars 96. La sonde ne quittera jamais l'orbite terrestre (Cr�dit photo : droits r�serv�s). Le robot Marsokhod devait partir avec la mission Mars 98. Atteindra-t-il un jour la surface de Mars ? (Cr�dit photo : droits r�serv�s). |
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