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Conjuration des Malcontents

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La conjuration des Malcontents est, au cours des guerres de Religion dans le royaume de France (1562-1598), un complot visant à faire évader François d'Alençon, frère du roi Charles IX, et Henri de Navarre, premier prince du sang (futur Henri IV), de la cour de France, où ils sont assignés à résidence depuis le massacre de la Saint-Barthélemy (). Ce complot est organisé par un groupe de nobles (catholiques et protestants) mécontents (en français de l'époque : « malcontents ») de la politique du gouvernement, dominé par la reine mère, Catherine de Médicis, qui s'appuie alors sur le duc Henri de Guise, catholique intransigeant.

L'objectif des conjurés est, une fois les deux princes à l'abri, de retirer le pouvoir des mains de Catherine de Médicis, de prendre le contrôle du gouvernement et de faire de François d'Alençon l'héritier du trône à la place de son frère Henri d'Anjou, héritier présomptif de Charles IX, mais devenu roi de Pologne l'année précédente.

Deux tentatives ont lieu, la première à la fin du mois de , la seconde au début du mois d'avril, mais ce sont deux échecs, le second faisant deux victimes : Joseph Boniface de La Môle et Annibal de Coconas, deux proches de François d'Alençon.

Cette conjuration, qui s'inscrit dans la continuité des réprobations suscitées chez certains catholiques par le massacre de la Saint-Barthélemy, marque le début de la cinquième guerre de Religion (1574-1576).

Contexte : le royaume de France après la Saint-Barthélemy (août 1572)

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François de Montmorency,
chef de file des catholiques modérés
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Henri de Guise,
chef de file des catholiques intransigeants

Mise à l'écart des catholiques modérés (fin 1572)

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Après le massacre de la Saint-Barthélemy (), plusieurs grands seigneurs catholiques, favorables à une politique de conciliation avec les protestants, sont écartés du pouvoir, voire placés sous surveillance.

Henri de Navarre (roi de Navarre sous le nom d'Henri III), époux depuis le de Marguerite, sœur de Charles IX, est contraint d'abjurer le protestantisme, ainsi que le prince Henri de Condé. Tous deux sont assignés à résidence à la cour, n'ayant eu la vie sauve qu'en tant que princes du sang.

Le frère du roi, François d'Alençon, dont le gouvernement craint les ambitions, est maintenu à l'écart[réf. nécessaire].

Le duc François de Montmorency, principale personnalité avec François d'Alençon du groupe des Malcontents, se retire avec sa suite dans son domaine de Chantilly.

La quatrième guerre de Religion (août 1572-juin 1573)

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Cependant, à la suite du massacre, les protestants se sont de nouveau soulevés. L'armée royale met le siège devant deux bastions protestants : Sancerre et surtout La Rochelle, où l'armée royale est conduite par le duc d'Anjou.

Mais en , celui-ci apprend qu'il a été élu roi de Pologne et décide d'accepter cette fonction. Cela l'amène à négocier sans trop attendre la fin du siège de La Rochelle, qui est levé le . Le , l'édit de Boulogne rétablit le régime de tolérance envers les protestants, en vigueur après la paix de Saint-Germain (1570).

Au cours de l'année 1573, les Malcontents dénoncent en secret le caractère absolutiste et partial de la monarchie, prennent contact avec les protestants et envisagent les moyens de faire fuir les deux princes.[pas clair]

Le retour des Malcontents aux affaires (fin 1573)

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Dans cette situation, Charles IX et la reine mère Catherine de Médicis décident de se rapprocher des Malcontents[1], au détriment du parti du duc de Guise.

À la fin de l'année 1573, le prince de Condé est rétabli comme gouverneur de Picardie, le duc de Montmorency est rappelé au Conseil du roi et François d'Alençon est nommé chef du Conseil et commandant en chef des forces royales. Ce gouvernement décide d'apporter son soutien aux Néerlandais insurgés depuis 1568 contre le Habsbourg Philippe II, souverain des Pays-Bas, ainsi que roi d'Espagne, ancien ennemi de la France lors de la dernière guerre d'Italie (1556-1559).

La crise du 16 février 1574

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Le , la situation politique se tend gravement à la cour lorsque le duc de Guise frappe d'un coup d'épée un gentilhomme de la suite du duc d'Alençon, qu'il accuse d'être envoyé par Montmorency pour le tuer. Craignant pour sa vie, ce dernier décide de quitter de nouveau la cour, laissant le conseil aux mains des Guise[2].

Les frères cadets de Montmorency, Guillaume de Montmorency-Thoré et Méru[Qui ?] estiment qu'il est temps de passer à l'action. De concert avec le favori du duc d'Alençon, Joseph Boniface de La Môle, ils montent le projet de faire évader les deux princes et de les acheminer jusqu'aux Pays-Bas.

À terme, l'objectif des Malcontents est d'écarter du pouvoir la reine mère et ses conseillers d'origine italienne, Albert de Gondi, duc de Retz, et René de Birague, et d'imposer François d'Alençon comme successeur du roi à la place de son frère Henri, parti en Pologne.

Première tentative (fin février 1574) et « effroi de Saint-Germain »

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François d'Alençon
chef des conjurés
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Château de Saint-Germain-en-Laye

Un premier complot est organisé à la fin du mois de février. La cour se trouve alors à Saint-Germain-en-Laye.

La fuite des princes est fixée au , mais les troupes chargées de la protéger arrivent avec plusieurs jours d'avance. L'annonce de leur présence aux alentours du château suscite des inquiétudes à la cour. Dans la nuit du 27 au , celle-ci part précipitamment vers Paris, ce qui va être appelé « effroi de Saint Germain »[3].

Gravement malade, le roi est transporté en litière jusqu’au château de Vincennes. Avant d'être découverts, François d'Alençon et La Môle prennent le parti de tout raconter à la reine mère[4]. Certains conseillers royaux préconisent la condamnation à mort des conjurés, mais le roi pardonne à son frère et rappelle le duc de Montmorency à la cour.

La surveillance de François d'Alençon et d'Henri de Navarre est renforcée.

Seconde tentative (avril 1574)

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Marguerite de Valois
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Château de Vincennes

Un nouveau complot est préparé pour le . La Môle et François d'Alençon bénéficient du soutien de l'épouse d'Henri de Navarre, Marguerite de Valois, et de plusieurs dames de la cour dont la duchesse Henriette de Nevers et la duchesse Claude de Retz[5].

Le gentilhomme piémontais Annibal de Coconas est chargé d'amener 200 chevaux[6]. Mais le complot est éventé. Des personnes contactées par les Malcontents, comme l'astrologue Côme Ruggieri, auraient informé la reine mère du projet. Opposé à une action violente, Montmorency aurait également dénoncé les conjurés[4].

La réaction du roi et de la reine mère est vigoureuse. Plusieurs dizaines de personnes sont arrêtées à Paris, dont La Môle et Coconas. On retrouve chez le premier une figurine en cire représentant le roi percé au cœur. Ruggieri cherche à s'enfuir mais est retrouvé déguisé en paysan[7].

Le , François d'Alençon et Henri de Navarre sont soumis à un interrogatoire. Marguerite de Valois, qui a rédigé à l'intention de son époux un mémoire justificatif, plaide en leur faveur.

Le , La Môle et Coconas sont jugés par le Parlement de Paris, condamnés à mort et exécutés. L'astrologue Ruggieri est condamné aux galères.[pourquoi ?]

La cinquième guerre de Religion commence dès le mois de , avant même la mort de Charles IX. Elle se prolonge jusqu'au (paix de Loches/édit de Beaulieu)

Charles IX meurt le . Henri III, ayant abandonné le trône de Pologne, rentre en France le .

François d'Alençon réussit à quitter la cour le . Par la suite, désigné par les insurgés néerlandais comme leur prince, Philippe II ayant été déchu de ses droits, il est couronné duc de Brabant en 1582 à Anvers, mais meurt prématurément en 1584.

Henri III de Navarre réussit à quitter la cour le . Il revient au calvinisme et devient protecteur des Églises réformées et commandant en chef des armées protestantes. Il devient roi de France sous le nom d'Henri IV le , après l'assassinat d'Henri III par un ligueur.

Chronologie de la conjuration

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1573

1574

  •  : coup d'éclat du duc de Guise qui prétend qu'on cherche à le tuer
  • fin février : départ de la cour du duc de Montmorency ;
  • fin février : arrivée prématurée à Saint-Germain des troupes chargées d'escorter François d'Alençon et Henri de Navarre dans leur fuite
  • Nuit du 27 au  : « effroi de Saint-Germain », départ précipité de la cour affolée vers Paris
  •  : départ du roi, malade et alité, vers le château de Vincennes
  • mars : pardon du roi aux conjurés
  • Début avril : retour de Montmorency à la cour
  •  : découverte du second complot
  •  : interrogatoire de François d'Alençon et d'Henri de Navarre
  •  : jugement, condamnation à mort et exécution de La Môle et de Coconas, conseillers de François d'Alençon
  •  : Montmorency et Cossé[Qui ?] sont arrêtés et incarcérés
  • mai : prise d'armes du prince de Condé (début de la cinquième guerre de Religion)
  •  : mort du roi Charles IX

La conjuration des Malcontents dans la culture

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Notes et références

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  1. Jouanna 2007, p. 272-273.
  2. Jouanna 2007, p. 272-274.
  3. Jouanna 2007, p. 276.
  4. 1 2 Jouanna et al. 1998, p. 1015.
  5. Jouanna et al. 1998, p. 932 ; 1075 ; 1050.
  6. Jouanna et al. 1998, p. 811.
  7. Jouanna et al. 1998, p. 1257.

Sources primaires publiées

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Bibliographie

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  • Jacqueline Boucher, « Autour de François, duc d'Alençon et d'Anjou, un parti d'opposition à Charles IX et Henri III », dans Robert Sauzet (dir.), Henri III et son temps : actes du Colloque international du Centre de la Renaissance de Tours, octobre 1989, Paris, Librairie philosophique J. Vrin, coll. « De Pétrarque à Descartes » (no 56), , 332 p. (ISBN 2-7116-1065-9), p. 121-131.
  • Francis de Crue, Le Parti des Politiques au lendemain de la Saint-Barthélemy : La Molle et Coconat, Paris, Librairie Plon, Nourrit et Cie, , VII-365 p. (lire en ligne).
  • Hector de la Ferrière, « Les dernières conspirations du règne de Charles IX », Revue des questions historiques, t. IV, , p. 421-470 (lire en ligne).
  • (es) José Luis Egío Garcia, « « Restaurar el reino de Francia en su antiguo esplendor » : percepción y fundamentación histórica en la sublevación de los malcontents (1574-1576) », dans Alexandra Merle, Stéphane Jettot et Manuel Herrero Sánchez (dir.), La mémoire des révoltes en Europe à l'époque moderne, Paris, Classiques Garnier, coll. « Constitution de la modernité » (no 14), , 462 p. (ISBN 978-2-406-08252-1), p. 269-288.
  • Mark Greengrass, « Mener la révolte d'ici et d'ailleurs : Henri de Condé et la mobilisation malaisée des Malcontents, 1574-1576 », dans Matthieu Gellard et Fabrice Micallef (dir.), Diplomaties rebelles : huguenots, malcontents et ligueurs sur la scène internationale (1562-1629), Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Enquêtes & documents » (no 72), , 242 p. (ISBN 978-2-7535-8642-0, lire en ligne), p. 65-92.
  • (en) Mack P. Holt, The Duke of Anjou and the Politique Struggle during the Wars of Religion, Londres / New York / Melbourne, Cambridge University Press, coll. « Cambridge Studies in Early Modern History », , XIII-242 p. (ISBN 0-521-32232-4, présentation en ligne).
  • Arlette Jouanna, Le Devoir de révolte : la noblesse française et la gestation de l'État moderne, 1559-1661, Paris, Fayard, coll. « Nouvelles études historiques », , 504 p. (ISBN 2-213-02275-5, présentation en ligne), [présentation en ligne], [présentation en ligne].
  • Arlette Jouanna, Jacqueline Boucher, Dominique Biloghi et Guy Le Thiec, Histoire et dictionnaire des guerres de Religion, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », , 1526 p. (ISBN 2-221-07425-4, présentation en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Arlette Jouanna, La Saint-Barthélemy : les mystères d'un crime d'État, 24 août 1572, Paris, Gallimard, coll. « Les journées qui ont fait la France », , 407 p. (ISBN 978-2-07-077102-8, présentation en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Romain Marchand, Henri de La Tour (1555-1623) : affirmation politique, service du roi et révolte, Paris, Classiques Garnier, coll. « Bibliothèque d'histoire de la Renaissance » (no 15), , 589 p. (ISBN 978-2-406-09863-8, présentation en ligne), « Turenne et les Malcontents (1572-1574) », p. 121-157.
  • Lana Martysheva, « François d'Alençon et la diplomatie malcontente : les horizons italiens d'un prince rebelle en 1575 », dans Matthieu Gellard et Fabrice Micallef (dir.), Diplomaties rebelles : huguenots, malcontents et ligueurs sur la scène internationale (1562-1629), Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Enquêtes & documents » (no 72), , 242 p. (ISBN 978-2-7535-8642-0, lire en ligne), p. 93-105.