La Colombie reste l’un des pays du continent les plus dangereux pour les journalistes. La couverture de sujets liés à l’environnement, aux conflits armés, à la corruption ou à la collusion entre les hommes politiques, les entreprises, les groupes armés illégaux et les mafias, les expose systématiquement au harcèlement, à des intimidations et à des violences.
Paysage médiatique
En Colombie, trois grands conglomérats dominent l’information, tandis que la production locale reste limitée, laissant 60 % du pays sans couverture médiatique de proximité. La radio reste le médium le plus répandu dans le pays, mais les stations indépendantes peinent à survivre face aux difficultés économiques. Le réseau public, qui compte 72 fréquences, a renforcé sa présence ces dernières années, tout comme les médias en ligne et les réseaux sociaux, notamment avec TikTok et YouTube qui gagnent du terrain, grâce à des influenceurs perçus comme plus proches du public. Si de nombreux médias traditionnels ont migré vers le numérique, la disparition de plusieurs journaux et le retrait de financements internationaux fragilisent particulièrement les médias indépendants, réduisant encore le pluralisme de l’information.
Contexte politique
En 2022, pour la première fois de son histoire, la Colombie s’est dotée d’un gouvernement de gauche avec une coalition majoritaire. Cependant, la rupture de cette alliance au Congrès et les faibles résultats du parti au pouvoir lors des élections locales de fin 2023 traduisent une perte de soutien politique. Le gouvernement cherche à contrer les critiques de la presse traditionnelle sur les réseaux sociaux, tandis que de hauts fonctionnaires ont été montrés du doigt pour avoir stigmatisé des journalistes. L’exécutif a lancé plusieurs initiatives liées au secteur de l’information, notamment des mesures de protection pour les journalistes et de soutien aux médias alternatifs, la création de réseaux de “communication solidaire” favorisant un journalisme plus inclusif et participatif, et des propositions pour accompagner la gestion des médias.
Cadre légal
La Constitution de 1991 garantit la liberté d'expression et d'information. Chaque secteur médiatique a sa propre jurisprudence, mais la multiplicité des lois est telle qu'elle prête à confusion. Le gouvernement en fonction de 2018 à 2022 a fait modifier les lois sur la télévision et l'information par le Congrès, tout en s’efforçant à plusieurs reprises de restreindre la liberté de la presse. À chaque période électorale, les autorités limitent la diffusion d'informations relatives à “l'ordre public” à celles confirmées par des sources officielles.
Contexte économique
La plupart des médias régionaux sont cooptés par des fonds du secteur public ou par des entreprises locales, ce qui limite leur capacité critique. Les médias communautaires, indépendants et alternatifs doivent compter avec des sources de financement réduites, tandis que dans la sphère numérique, les revenus publicitaires ont connu une hausse significative, et au moins deux médias indépendants vivent désormais de la contribution économique de leur public. Les sites d’information payants sont en hausse et les médias traditionnels recourent désormais au système d’abonnement. Après la pandémie, certains journaux ont repris leur version papier, mais la pénurie de fournisseurs de papier et la dévaluation rendent les fournitures plus chères.
Contexte socioculturel
Les études alertent sur une désinformation croissante et un désamour pour l’actualité de la part du public, qui considère que les journalistes ont un parti pris. L’extension de la connectivité dans le pays pâtit toujours du scandale de corruption au sein du ministère de la Technologie, de l'Information et de la Communication (Mintic). Dans les régions, les liens persistent entre journalisme, politique et monde des affaires. En outre, certaines personnalités influentes ont leur part dans la stigmatisation des journalistes critiques.
Sécurité
Le journalisme reste une profession à haut risque en Colombie. La couverture des questions environnementales, telles que l'exploitation minière et la déforestation, des conflits armés, de la corruption ou des droits communautaires, expose les journalistes à des menaces, à la stigmatisation et à la violence. L’expansion des groupes armés, présents dans 253 municipalités, aggrave la situation. Le Clan du Golfo contrôle 60 zones, tandis que des dissidences de l’ancien conflit armé et d’autres acteurs criminels opèrent dans de vastes régions du pays. Malgré le programme de protection des journalistes, les menaces persistent.