Carnet de bord du 25 au 30 juin 2026
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Sybil, septuagénaire, vit seule dans une maison dans le Maryland avec vue sur une baie.
Ancienne greffière, elle a, depuis son adolescence, une passion pour la correspondance et envoie régulièrement des courriers à ses proches : son frère Félix qui vit en France, son amie Rosalie, un jeune garçon atypique, ses enfants, son voisin, des écrivains qu’elle admire, la doyenne de l’université …
Petit à petit, au fil des écrits qui vont s’étendre sur dix ans, on reconstitue son histoire personnelle et ses drames. On comprend aussi mieux son caractère bien trempé.
C’est un délice de lire ces courriers et de d’en découvrir plus sur les secrets qui parsèment sa vie en lisant entre les lignes. Il y a aussi une pointe de suspens avec des lettres de menaces, une recherche d’ADN et des courriers qu’elle écrit à un certain “poulain” mais n’envoie pas.
Sybil m'a émue avec sa sincérité, mais m’a aussi fait rire plus d'une fois avec son franc parler. Ses relations avec ses prétendants sont un délice.
On s’y sent bien dans ce livre, ça passe tout seul et en même temps il y a une certaine profondeur et une réflexion sous-jacente sur le chemin vers le pardon.
Je recommande.
Extrait : “ J'écris à tous les gens qui me manquent. Amis, confrères, rédacteurs en chef, enseignants, diplomates, auteurs. Les auteurs sont mes préférés. C'est plus compliqué aujourd'hui, bien sûr, parce qu'avec internet les gens écrivent plutôt des e-mails, (c'est plus rapide, plus simple, moins exigeant que de devoir rassembler le nécessaire, le stylo, le moment pour s'asseoir à son bureau, le timbre, etc,), et on a parfois plus de mal à trouver une adresse, quoi qu'en général, si on essaie vraiment, on y arrive. Et il faut essayer. Un email ne saurait remplacer une lettre manuscrite. Cela m'inquiète qu'un jour les nouvelles technologies puissent éliminer le service postal, mais j'espère que d'ici là je serai morte et enterrée.
J'écris lentement. Une lettre peut me prendre une heure ou plus. Je ne me précipite pas. Je réfléchis à chaque phrase. Ma main ne se fatigue pas. Il ne faut pas se précipiter. Autrement, on écrit des choses qu'on ne pensait pas et l'on s'épuise. Il faut être patient pour formuler exactement ce que l'on pense, pour trouver le bon mot. Je fais parfois un brouillon que j'annote avant de rédiger une version au propre à envoyer. Je pense que l'on doit se montrer pointilleux en matière de communication. Souvenez-vous : les mots, surtout écrits, sont immortels.”
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Sous titre : A la rencontre des premières nations des territoires du Nord-Ouest Canadien
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L’auteur revient sur l’histoire des natifs du Nord Canada, ces peuples indigènes nomades qui vivaient durement mais librement jusqu’à la fin des années 1800, au moment de la découverte de gisement de pétrole et d’or sur leurs terres.
Le gouvernement commence alors à officialiser son autorité sur ces terres en faisant signer aux tribus un traité où ils cèdent tous leurs droits. Pour les natifs, au-delà ce ce traité, il y avait un engagement oral qu’ils voyaient comme un lien d’amitié leur permettant de continuer à pêcher, chasser et piéger leur nourriture.
Certains autochtones ont commencé à changer de mode de vie en cherchant du travail dans les mines. Il a fallu du temps pour que les revendications territoriales des autochtones soient examinées, que les projets de gazoduc soient gelés un temps.
Mais en trois générations, la langue, la culture et les traditions des indigènes se sont perdues. Car au-delà des terres, le traité promettait aussi l’éducation. Mais c’était plutôt une arme d’acculturation et de christianisation des enfants qui étaient retirés de force de leurs familles pour être mis en pensionnat.
Si l’auteur se met en scène, c’est pour mieux montrer les rencontres qu’il a effectuées et les témoignages qu’il a pu recueillir.
Les dessins en noir et blanc, précis et réalistes laissent cependant passer les émotions.
Une BD - essai / reportage exigeante et foisonnante. Un beau travail de mémoire qui se finit par une note d’espoir venant de la nouvelle génération.
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Vous retrouverez toutes les BD de la semaine chez Fanny.
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Un jeune garçon voit son visage pourrir et se défigurer à la suite d’une forte fièvre. Son père, un homme violent qui vit seul avec lui, s’enfuit du village, pris de folie. L’enfant est recueilli au presbytère où vivent le prêtre et “Madame”, l’ancienne institutrice devenue aveugle.
Ces deux parents de substitution vont lui permettre d’apprendre et de grandir avec une seule contrainte : ne jamais se montrer pour ne pas subir les moqueries. C’est donc la nuit qu’il parcourt la campagne et s’échappe de ce presbytère refuge et prison.
Une nuit, il va croiser la route d’une jeune fille de son âge, qui cache elle aussi un secret l'empêchant de vivre sa vie et de sortir dans la journée.
J’ai beaucoup aimé le début et la fin de ce roman plein d’une humanité noire et cruelle et en même temps plein de promesses. J’ai juste trouvé un petit essoufflement au milieu.
L’écriture est belle, le récit envoûtant et original.
Extrait:« Je vous le dis une fois encore : je ne vous considère pas comme un monstre, vous êtes sur cette Terre au même titre que les vieilles du village et les enfants de l'école, au même titre que les hommes mariés et les veuves. Mais tout le monde n'est pas capable de voir l'entièreté de ce que l'humanité contient.
Le garçon, le fixait sans ciller
- Vous ne me considérez pas comme un monstre mais vous savez que j'en suis un, souffla-t-il. Sinon, vous ne me garderiez pas ici.
- Vous n'avez pas tort. Je crois qu'il y a des hommes qui ne sont pas en mesure d'accepter dans leur vie d'autres hommes qui ne leur ressemblent pas.”
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Le roman se divise en deux parties :
Dans la première on va suivre la vie d’Élisabeth qui est la petite fille d'une femme arrivée en 1803 de Saint-Domingue à la Nouvelle-Orléans avec son maître et la fille qu’elle a eu avec lui.
Dans la deuxième partie, on va suivre la vie de Regina qui est née dans la campagne dominicaine avant de devenir domestique à Port-au-Prince.
A travers ces figures, l’autrice nous livre des destins de femmes fortes qui refusent l’esclavagisme et la mainmise des hommes blancs. Elles vont gagner leurs libertés et lutter contre l’oppression. On découvre aussi l'histoire d'Haïti.
Une lecture intéressante mais je ne sais pas pourquoi, j’ai eu du mal à entrer dans ce roman. Peut-être la narration qui m’a déroutée. Mais je n’en garderai pas un grand souvenir.
Extraits :« Mais franchir le seuil de la maison principale, celle des maîtres, c'est ouvrir un immense sac dans sa tête. Dans ce sac, tu as déjà tout ce que tu as appris de ta mère, qui elle-même l'a appris de sa mère, et ce que ta condition d'esclave t'a enseigné. Tu le caches bien au fond du sac pour le recouvrir du savoir du maître. Tu feins d'aimer dans ce savoir jusqu'à ce qui t’humilie, te nie, t'efface. Parce que le maître est persuadé que tu ne sais rien, que tu n'es rien. Alors tu le laisses à sa foi trompeuse. Cette foi fais ton affaire. Son ignorance est ta force. Parce que tu connais son monde et le tien. Tu as cette longueur d'avance là.”
“ Il m'a fallu venir en ville, apprendre les mots« Christophe Colomb », « plantation », « esclave » ,« Rochambeau », « Makandal », « Toussaint », « Napoléon », « Dessalines» pour apprendre qu'une couleur de peau, la mienne, pouvait être un fardeau. Que quelque chose faisait donc tourner le monde contre moi et tous ceux qui me ressemblent. Jamais je n'ai voulu porter ce fardeau-là. Toujours j’ai empêché cette roue de tourner exactement comme elle aurait voulu le faire. Posant des pierres sur son chemin, déboitant la manivelle, faisant crisser ses essieux.”
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Un roman noté après le coup de cœur d’Ingannmic.
Célia vit dans un bidonville de Port au Prince à Haïti. Élevée par sa grand-mère, elle n’a connu que sa Cité de la Puissance Divine où les règlements de compte entre chef de gang, les cadavres trouvés le matin dans les ruelles et le racket sont monnaie courante. Mais c’est pareil dans le quartier voisin de Bethléem ou de Source Bénie.
A la mort de sa grand-mère, il faut qu’elle trouve de quoi survivre et s’occuper de son oncle revenu des Etats-Unis alcoolique. Entraide, tuerie, rencontres plus ou moins positives … vont faire partie de son quotidien, ce quotidien qu’elle nous raconte avec ses horreurs et ses joies.
C’est un langage assez brut mais aussi distancié : Célia observe, prend du recul sur les évènements, la misère qui l’entoure, l’agressivité des gangs mais aussi la générosité de certaines personnes. Cela donne un aperçu réaliste de ce pays gangréné par la pauvreté, les trafics et la délinquance
C’est autant un roman qu’un témoignage. La lecture est fluide et pas misérabiliste, car dans cet univers arriéré mais connecté, on sent que l’autrice veut aussi nous transmettre l’amour de son pays.
Une lecture qui me restera en mémoire.
Extrait : “Je n’avais pas peur. J’étais habituée au bruit des armes, j’ai grandi dans cette cité où jamais il n’y avait eu de trêve, où la mort circulait à midi comme à minuit.”
“Passaient les jours, revenaient les nuits, recommençait la mort. Intraitable. Les cadavres en décomposition dans les lits des ravines, sur les terrains vagues, faisaient corps avec les immondices, témoins l’un et l’autre d’une époque déchiquetée afin qu’aucun souvenir ne subsiste.”
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Adaptation en bande dessinée du récit de Geoffroy Delorme.
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Geoffroy est un jeune garçon différent, on dira de nos jours “neuroatypique”. Hypersensible, ayant du mal à entrer en relation avec ses semblables, il part souvent se ressourcer et faire des photos dans la forêt située près de chez lui. Des fugues de plus en plus longues, jusqu’à décider d’y vivre.
Au début il va faire des incursions chez lui pour prendre des conserves, des habits chauds… mais petit à petit il apprend à se nourrir de la forêt et à entrer en contact avec les chevreuils, jusqu’à partager avec eux leurs vies.
Sept années vont passer jusqu’à ce que son corps flanche et qu’il se décide à revenir dans le monde des humains.
A la sortie de son livre, des scientifiques ont déclaré qu’il n’était pas possible de créer cette relation avec les chevreuils.
Mais ce qui m’a intéressé, au-delà de la véracité des faits, c’est son objectif d'œuvrer pour la protection de la forêt et la biodiversité. Son histoire, inventée ou pas, permet de réfléchir sur notre rapport au vivant et à la nature.
Les illustrations et les couleurs portent parfaitement ce message. Il y a des pages magnifiques d’ombres et de lumière à travers les feuillages, d’échanges de regards, de brumes matinales. Certaines pages sont plus didactiques et nous permettent d’en apprendre plus sur les cervidés, les plantes comestibles ou les lois du règne animal avec les prédateurs et les proies.
Pour la beauté des dessins et le message écologique, cette BD vaut vraiment le coup. Il faut laisser de côté les polémiques sur l’authenticité ou pas de cette histoire et ne retenir que cette magnifique immersion dans la forêt.
Retrouvez toutes les BD de la semaine chez Moka.
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