En mode vacances (et recherche de « froid ») ainsi qu’en pensant à une amie qui a fait une croisière (certes pas aux Iles Feroë mais à Norvège, donc à qqs encablures de là) j’ai pris à la bibliothèque le dernier (?) roman de Caryl Ferey (dont j’ai déjà lu pas mal de livres). Je le dis d’emblée – ce n’est pas son meilleur (d’apès moi).
Présentation de l’Editeur (Gallimard)
« La baie entière est noire d’animaux, les bateaux qui les ont rabattus forment une masse compacte dans leur dos, infranchissable, et pour leurs sonars, effrayante ; les hommes tapent contre les coques dans un tintamarre de kermesse, s’époumonent dans des sifflets et des cornes de brume, poussant les cétacés vers le rivage, où les tueurs les attendent. »
Au milieu des cadavres de cette chasse rituelle à la baleine flotte le corps du vieux chef du Grindadráp, couvert d’étranges plaies. Les rumeurs les plus folles se propagent. Et que font sur l’île ces deux militants écologistes de Sea Shepherd, l’ennemi juré ? Se sont-ils vraiment échoués, jetés là par la tempête ? C’est une course contre la montre qui s’engage pour Soren Barentsen, capitaine de police, s’il veut éviter que la violence des éléments ne contamine les hommes.
Un huis clos magistral au cœur de la nature déchaînée et des paysages magnifiques des îles Féroé.
Après nous avoir entrainé en Afrique (Okavando) Fery nous emmène dans le Nôôrd sur les îles Feroé et nous propose dès le début des images fracassant (des descriptions du déchainement de la mer sont comme tirées de Typhon de Conrad).
La houle d’abord se soulève comme un seul homme, un géant qui porte des vagues sur les épaules et brandit ses fourches d’écume, provoquant des creux de dix, quinze, puis vingt mètres.

Celui qui s’attend à un « huis clos magistral » sera peut-être un peu déçu (comme moi). J’aime bien le côté « engagé » et « globetrotter » de Ferey, mais dans cet ouvrage j’ai l’impression que son côté « engagé » a pris le dessus au point de perdre un peu de vue l’action – pour mieux nous proposer des reflexions sur la surpêche, les aspects sociaux et économiques de la vie (« Un certain fanatisme religieux s’est développé aux Féroé, laissant émerger des crispations entre les jeunes urbains adeptes des pubs et des clubs où l’on danse, et les jeunes en quête d’une vue spirituelle stricte, opposés à toute jouissance liée à l’alcool ou au sexe hors mariage« .) et de la pêche sur ces îles – et les scandales qui émaillent cet état de fait (maquereaux, hareng, baleine – Lorsqu’un banc de globicéphales passe au large de l’archipel, l’alerte est donnée auprès des pêcheurs et des autorités locales pour rabattre l’ensemble des animaux vers une plage d’échouage prévue par la réglementation. Il en existe 21 réparties sur les 18 îles qui composent l’archipel. Au volant de leurs hors-bord, les pêcheurs poussent dans un premier temps les cétacés vers une baie le long des cotes. Progressivement, les animaux s’échouent. Les hommes en combinaison néoprène entre alors dans l’eau, les harponnent puis les tirent hors de l’eau, avant de les égorger à l’aide de leur couteau. Le simple fait de saigner un cétacé de 4 tonnes suffit à teindre la mer en rouge vif. Un groupe de globicéphales peut atteindre jusqu’à 50 individus., etc….).

Une fois la tempête (presque) passée le « thriller » peut commencer avec des acteurices cabossées par la vie et décrites à la hâche, un zeste de « monstre des profondeurs », une surenchère dans la violence comme dans les séries Z – peu convaincante (pour moi). Dommage, le fond était intéressant et permet au grand corps de lecteurices (peut-être il voulait toucher un public plus large ?) d’apprendre pas mal de chose sur la vie sur cet archipel perdu entre l’Islande, le Danemark et la Norvège. Et il me manquait la tension linguistique – j’ai ressenti une sorte de « relâchement » dans l’écriture (« Ayleen s’offre nue comme une lune sans conquête, un nénuphar sur un lac« – une phrase que j’aurai pu écrire à 17 ans à la recherche de métaphores plus réussies que d’autres). Mais dans cette canicule j’ai pu me refroidir avec quelques passages de ce roman qui glisse à la fin de mes préferés de Ferey.
Cinquante mille Féroïens vivaient sur l’archipel, pour le double de moutons en liberté et quatre millions d’oiseaux, dont l’huîtrier-pie, emblème du pays. Les températures oscillant entre trois et douze degrés, brouillards et vents persistant été comme hiver, Soren avait découvert des tableaux de verdure et de rocaille toujours mouvants, un monde minéral où se succédaient montagnes pyramidales, cirques glaciaires, fjords, prairies boréales, falaises monumentales, mais aussi des collines et des petits villages de maisons aux toits herbeux, avec leurs séchoirs à poisson ou à viande de mouton, comme des cartes postales de temps anciens qui n’auraient pas jauni.

















































































































