Grindadrap

Image

En mode vacances (et recherche de « froid ») ainsi qu’en pensant à une amie qui a fait une croisière (certes pas aux Iles Feroë mais à Norvège, donc à qqs encablures de là) j’ai pris à la bibliothèque le dernier (?) roman de Caryl Ferey (dont j’ai déjà lu pas mal de livres). Je le dis d’emblée – ce n’est pas son meilleur (d’apès moi).

Image

Présentation de l’Editeur (Gallimard)

« La baie entière est noire d’animaux, les bateaux qui les ont rabattus forment une masse compacte dans leur dos, infranchissable, et pour leurs sonars, effrayante ; les hommes tapent contre les coques dans un tintamarre de kermesse, s’époumonent dans des sifflets et des cornes de brume, poussant les cétacés vers le rivage, où les tueurs les attendent. »

Au milieu des cadavres de cette chasse rituelle à la baleine flotte le corps du vieux chef du Grindadráp, couvert d’étranges plaies. Les rumeurs les plus folles se propagent. Et que font sur l’île ces deux militants écologistes de Sea Shepherd, l’ennemi juré ? Se sont-ils vraiment échoués, jetés là par la tempête ? C’est une course contre la montre qui s’engage pour Soren Barentsen, capitaine de police, s’il veut éviter que la violence des éléments ne contamine les hommes.
Un huis clos magistral au cœur de la nature déchaînée et des paysages magnifiques des îles Féroé.

Après nous avoir entrainé en Afrique (Okavando) Fery nous emmène dans le Nôôrd sur les îles Feroé et nous propose dès le début des images fracassant (des descriptions du déchainement de la mer sont comme tirées de Typhon de Conrad).

La houle d’abord se soulève comme un seul homme, un géant qui porte des vagues sur les épaules et brandit ses fourches d’écume, provoquant des creux de dix, quinze, puis vingt mètres.

Image
AFP – Grindadrap

Celui qui s’attend à un « huis clos magistral » sera peut-être un peu déçu (comme moi). J’aime bien le côté « engagé » et « globetrotter » de Ferey, mais dans cet ouvrage j’ai l’impression que son côté « engagé » a pris le dessus au point de perdre un peu de vue l’action – pour mieux nous proposer des reflexions sur la surpêche, les aspects sociaux et économiques de la vie (« Un certain fanatisme religieux s’est développé aux Féroé, laissant émerger des crispations entre les jeunes urbains adeptes des pubs et des clubs où l’on danse, et les jeunes en quête d’une vue spirituelle stricte, opposés à toute jouissance liée à l’alcool ou au sexe hors mariage« .) et de la pêche sur ces îles – et les scandales qui émaillent cet état de fait (maquereaux, hareng, baleine – Lorsqu’un banc de globicéphales passe au large de l’archipel, l’alerte est donnée auprès des pêcheurs et des autorités locales pour rabattre l’ensemble des animaux vers une plage d’échouage prévue par la réglementation. Il en existe 21 réparties sur les 18 îles qui composent l’archipel. Au volant de leurs hors-bord, les pêcheurs poussent dans un premier temps les cétacés vers une baie le long des cotes. Progressivement, les animaux s’échouent. Les hommes en combinaison néoprène entre alors dans l’eau, les harponnent puis les tirent hors de l’eau, avant de les égorger à l’aide de leur couteau. Le simple fait de saigner un cétacé de 4 tonnes suffit à teindre la mer en rouge vif. Un groupe de globicéphales peut atteindre jusqu’à 50 individus., etc….).

Image

Une fois la tempête (presque) passée le « thriller » peut commencer avec des acteurices cabossées par la vie et décrites à la hâche, un zeste de « monstre des profondeurs », une surenchère dans la violence comme dans les séries Z – peu convaincante (pour moi). Dommage, le fond était intéressant et permet au grand corps de lecteurices (peut-être il voulait toucher un public plus large ?) d’apprendre pas mal de chose sur la vie sur cet archipel perdu entre l’Islande, le Danemark et la Norvège. Et il me manquait la tension linguistique – j’ai ressenti une sorte de « relâchement » dans l’écriture (« Ayleen s’offre nue comme une lune sans conquête, un nénuphar sur un lac« – une phrase que j’aurai pu écrire à 17 ans à la recherche de métaphores plus réussies que d’autres). Mais dans cette canicule j’ai pu me refroidir avec quelques passages de ce roman qui glisse à la fin de mes préferés de Ferey.

Cinquante mille Féroïens vivaient sur l’archipel, pour le double de moutons en liberté et quatre millions d’oiseaux, dont l’huîtrier-pie, emblème du pays. Les températures oscillant entre trois et douze degrés, brouillards et vents persistant été comme hiver, Soren avait découvert des tableaux de verdure et de rocaille toujours mouvants, un monde minéral où se succédaient montagnes pyramidales, cirques glaciaires, fjords, prairies boréales, falaises monumentales, mais aussi des collines et des petits villages de maisons aux toits herbeux, avec leurs séchoirs à poisson ou à viande de mouton, comme des cartes postales de temps anciens qui n’auraient pas jauni.

Image
AFP – une coutume barbare….

Publié dans Non classé | Un commentaire

Un peu de ciné – La Bataille de Gaulle (2)

La Bataille de Gaulle (L’âge de fer & J’écris ton nom)

Si je n’avais pas lu les critiques de Princecranoir/letourdecran – l’Age de Fer et J’écris ton nom – je vous conseille de les lire, comme toujours c’est une somme de réflexions et remarques dont je suis loin avec mes bafouilles) – je ne serai peut-être pas allé voir les deux films. Ainsi je n’avais pas vu le biopic de Gabriel Le Bomin « De Gaulle » avec Lambert Wilson dans le rôle titre. (certes la canicule en cours n’est pas étrangère non plus à la recherche des salles obscures). Et je n’ai pas regretté une seule minute de ces deux films épico-historiques.

D’une certaine manière c’était grâce à de Gaulle (et de K. Adenauer) que j’ai fait mes premiers pas professionnels en France (en travaillant comme animateur-interprète pour des entités organisant des rencontres franco-allemandes (de jeunes profesionnelles / OFAJ)), mais je n’étais jamais vraiment curieux de connaître la « naissance » de cet Homme.

J’étais donc face à des « block-busters », ces deux films en font carrément partie. Il n’est plus rare de voir apparaitre sur nos écrans des films d’une durée de plus de 2h. Et là, on a un joli paquet ficelé de 2 x 2h40.

Image

En plus deux films de facture et de tonalité différente – et pour moi (et mes amis) les plus de 5h sont passées presque en un clin d’oeil. Ils nous offrent sur un plateau une pléïade d’acteurs/actrices de 1er plan (Niels Schneider en Lecler; Félix Kysyl en Jean Moulin, le général Giraud est campé par Thierry Lhermitte; Churchill est incarné avec gourmandise par Simon Russel Beale, Loic Corberey en Pleven, et surtout Simon Abkarian en de Gaulle – drôle de se dire qu’il a joué vers 2010 Missak Manouchian aussi).

Image

La première partie qui décrit l' »ascension » de de Gaulle jusqu’à la bataille de Bir Hakeim (la 1ere brigade française libre sous le commandement du général Koenig (joué par Benoit Magimel), la 2e décrit l’évolution de l’ardent défenseur de la République Française qu’était de Gaulle jusqu’en 1945. La première a des accents de BD, est truffée d’humour (ahh, ces confrontations entre Churchill et de Gaulle !), dépeint de Gaulle comme un Don Quichotte (par ailleurs Karim Leklou qui joue un personnage fictif – plombier qui rejoint de Gaulle comme homme à tout faire – a tout d’un Sancho Pansa avec son air benêt).

Tout y passe : Mers el-Kébir en 1940 (je ne me rappelais pas de cet évènement) avec la destruction d’une partie de la flotte française bombardée par les Anglais – (De Gaulle dans un speech un mois plus tard :

 Il n’est pas un Français qui n’ait appris avec douleur et avec colère que des navires de la flotte française avaient été coulés par nos alliés. Cette douleur, cette colère viennent du plus profond de nous-même. Il n’y a aucune raison de composer avec elle. Et quant à moi, je les exprime ouvertement. Aussi, m’adressant aux Anglais, je les invite à nous épargner et à s’épargner à eux-mêmes toute représentation de cette odieuse tragédie comme un succès naval direct. Ce serait injuste et déplacé.

Les navires d’Oran étaient, en réalité, hors d’état de se battre. Ils se trouvaient au mouillage sans aucune possibilité de manoeuvre ou de dispersion, avec des chefs et des équipages rongés, depuis quinze jours, par les pires épreuves morales. Ils ont laissé aux navires anglais les premières salves qui, chacun le sait, sont décisives sur mer à de telles distances. Leur destruction n’est pas le résultat d’un combat glorieux. Voilà ce qu’un soldat français déclare aux alliés anglais avec d’autant plus de netteté qu’il éprouve, à leur égard, plus d’estime en matière navale
.

La résistance, les jeux diplomatiques, Dakar (capitale de l’Afrique-Occidentale Française. Les jeunes spectateurs (et parfois « même » les plus agés) apprendront le plan AMGOT des américaines censé être une mise sous tutelle d’Europe (qqchose que nous avons appris dans nos cours d’histoire en Allemagne – mais que bon nombre de mes amis (frç) ne connaissait pas ) – avec notamment en France le placement des « préfets » américains et « même » la circulation d’un billet de banque. Notez le France en lieu et place de « République Française » – tzzz.

Image
Billet de 100 francs émis par les États-Unis, sur le modèle du dollar US. (Wikipedia)

Le dyptique nous fait passer un bon moment et le spectateur traverse pleines d’émotions : parfois c’est poignant et impressionant, parfois il surprend par son humour et quelques idées drôlatiques qui sont de plus assez subtilement écrites, puisque faisant finement référence à l’époque actuelle. De plus, il est vraiment instructif (même si certaines réalités historiques ne sont pas mentionnées – ce qui explique aussi qu’il n’est pas « lourd »).

Image
Winston Churchill and General Charles de Gaulle walk down the Avenue des Champs-Elysee duirng the French Armistice Day parade in Paris, 11 November 1944.’

Pour moi le succès du bon bouche-à-l’oreille pour ce dyptique n’est pas volé. Je conseille.

Publié dans Actualités et politique, Cinéma | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , | 6 commentaires

Un peu de ciné – L’étrangère (1)

Les salles obscures offrent un peu de rafraichissement – donc je suis allé TROIS fois au ciné. Et comme à l’accoutumé : programmation de diversité.

Image

L’étrangère

Un film de Gaya Juji (une réalisatrice syrienne – je n’ai pas vu son premier film – « Mon tissu préferé« ) tout en délicatesse.

Une migrante syrienne (Selma) arrive à Bordeaux (le traitement – j’ai beaucoup aimé ses élipses, peut-être sa force la plus grande à côté d’un scénario aux pétits oignons) – Son parcours jusqu’en France, semé d’embuches, est raconté en 5 petites minutes, une belle entrée en matière pour le spectateur.

Selma a laissé au pays un enfant de 6 ans – qu’elle compte faire venir dans le cadre d’un regroupement familial – et un mari qui (depuis 5 ans) croupit dans une prison (et on ne sait pas s’il vit encore). Selma ayant été dans son pays professeure de français, son intégration se fait facilement (elle travaille au black dans un café comme plongeuse) en attendant des papiers, qui necessitent un parcours de combattant – et l’aide d’un avocat. C’est là que la tragédie grecque va se nouer.

Image

Je ne souhaite pas trop divulgacher, mais dans ce petit film sensible et comme je disais, pleine de délicatesse, Selma va commencer à penser comme femme et plus comme l’épouse d’une victime des géoles syriennes…. ce qui créera un très beau dilemme quand un jour le mari va arriver en France, à jamais changé…

Image

Gaya Jiji est doué pour capter les silences (hurlantes), transcrire dans le visage de Selma (Sar Amir) tous les doutes possibles. De même, dans le rôle de l’avocat Alexis Manenti (« découvert » dans « Les Misérables » de Ladj Ly) – passant d’avocat d’affaires financières à défenseur d’immigrés néophyte découvre un monde et une ogresse de la survie qui va faire fissurer la façade de sa vie comfortable avec femme et enfant – c’est fort et en même temps questionnable. Je n’ai pas réussi à avoir un petit arrière-goût face à ce sauveur-blanc (pourtant le film nous dépeint Selma comme une battante avec davantage de ressources qu’on puisse imaginer : elle sait ce qu’elle veut et fait tout son possible pour résister aux arcans kafkaesques de la gestion administrative) qui va devenir son amant (on se demande même à un moment si c’était pour lui dire Merci – pensée de très courte durée).

Toutefois, belle tension à l’arrivée du mari. Et le film devient une sorte de réflexion (en mineur) sur la possibilité même d’aimer qqn après la série de traumatismes vécu par cette femme. Et c’est une joie de voir comment elle se reconstruit affectivement sur les cendres de ce que les violences ont endommagé le rapport à soi-même et par rapport aux autres ?

Dans ce sillage magnifique fin sur les plages landaises – puisque ouverte à toutes les lectures et un hymne à la liberté des femmes ou plutôt à l’amour comme élement central du respect de la liberté de l’autre.

Image

Publié dans Actualités et politique, Cinéma | Tagué , , , , , , , , , , , | 3 commentaires

Les éléments

Image

Lecture rattrapage. J’ai assisté à une présentation du roman par C. – et avais envie (contrairement à l’époque ou le Prix Femina a été dcerné à Boyne – ahh ces chemins tortueux des lectures).

Le livre tel que le lecteur français le découvre est un seul grand roman « éclaté » et consiste de fait en quatre courts romans (plutôt des nouvelles : Water, Earth, Fire et Air Eau, Terre, Feu, Air)

Image

Présentation de l’Editeur – Lattès

D’une mère en fuite sur une île à un jeune prodige des terrains de football en passant par une chirurgienne des grands brûlés hantée par des traumatismes, et enfin, un père qui monte dans un avion pour un voyage initiatique avec son fils, John Boyne crée un kaléidoscope de quatre récits entrelacés pour former une fresque magistrale.

Grâce à une prose envoûtante, John Boyne sonde les éléments et les êtres avec une empathie extraordinaire et une honnêteté implacable, nous mettant sans cesse au défi de confronter nos propres définitions de la culpabilité et de l’innocence.

Image

On peut lire ces « nouvelles » séparément l’une de l’autre mais elles prennent toute leur ampleur lorsqu’on les considère comme un seul ensemble.

Les personnages qui se racontent se croisent, les conséquences pour les protagonistes d’une nouvelle réapparaissent dans une autre, et parfois certains événements sont revisités sous un angle différent, chaque volume apportant une pièce supplémentaire à une sorte de puzzle « moral ».

Ce n’est pas toujours une lecture « agréable » – il y aura des crimes, mais le roman n’est pas un « thriller ». Boyne s’interesse moins au faits qu’à leurs effets sur les proches, les témoins, ceux qui n’ont rien vu (ou pas voulu voir), et aussi, et surtout, je dirais à la vie de personnes qui vivent sous le poids d’une culpabilité dont ils ne savent que faire.

Image

Il est bien doué ce John Boyne pour nous dépeindre des personnages qui ne sont ni victime à 100%, ni monstre à 100% (sauf peut-être dans « Feu/ Fire » – on a envie de la hair cette Freya), et on se pose régulièrement la question « jusqu’ou on est responsable de nos actes? »

Ce qui est un peu destabilisant c’est que les personnages se situent parfois à la limite du schématique, ils semblent parfois dessinés à grands traits, comme si Boyne privilégiait les dilemmes moraux à l’exploration psychologique.

Parfois le lecteur que je suis commence à éprouver de la compassion face à certains évènements. Puis il y aura des faits ou incidents qui me font douter, ou créent même une forme de colère – ce n’est donc pas une lecture de type long fleuve tranquille. Ce qui est dû aussi au fait que jamais John Boyne nous fournit les informations sur le passé en un seul « flash-back » mais plutôt par petits bouts, progressivement la focale s’élargit – et c’est d’une certaine manière addictive (« qu’est-ce qu’il va encore me reveler sur tel ou tel personage ? ») : parce que les sujets aussi sont très « actuels » mais pas traité de manière sensationaliste, accusatrice ou moralisante : abus sexuels, viols, pédocriminalité, suicide. Boyne nous laisse juge et n’assène rien.

En s’appuyant sur les quatre éléments (Eau, terre, feu, air – métaphores qui parsèment les nouvelles et ouvrant le champ d’interpétations multiples), John Boyne explore les zones grises de la responsabilité humaine. Ni roman policier, ni simple chronique psychologique, « Les Éléments » examine ce qui demeure après le scandale : la culpabilité, le silence, le déni, les vies brisées et la difficile possibilité d’une rédemption. En faisant circuler ses personnages d’un livre à l’autre, Boyne compose une vaste fresque où chacun est tour à tour témoin, victime, coupable ou juge.

Toutefois, je n’ai ressenti, malgré les sujets, peu ou pas d’emotion. Sauf dans le dernier des 4 récits « Air »… cependant son déroulé et sa fin m’ont fait penser a des films americain a » happy end » ce que je trouvais un peu dommage.

Au fond, c’est peut-être cela qui m’a le plus séduit : Boyne traite de sujets brûlants sans jamais chercher à imposer une morale. Il montre, il suggère, il laisse le lecteur juger. Et c’est sans doute cette confiance accordée au lecteur qui fait la force de ces quatre récits.

Traduction parfaite par Sophie Aslanides

Publié dans Livres | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Un commentaire

Karoly Ferenczy

Image

(Très) court sejour à Paris.

Initialement j’avais l’intention de passer une semaine à Paris. J’avais rendez-vous avec le Jury du Prix Caillé réuni au cours de la semaine pour décider des finalistes parmi les candidats au Prix Caillé 2026 et préparais à cette fin tout un programme. La canicule m’a incité de réduire mon sejour à 2 nuits (merci encore C pour m’avoir hébergé et partagé avec moi un dîner italien au frais chez Il Barone).

J’ai programmé, avant d’aller à la réunion du Jury, une visite de l’exposition Karoly Ferenczy – Modernité hongroise (1862 – 1917) au Petit Palais – encore jusqu’au mois de septembre 2026 (Musée bien climatisé – et pris d’assaut par des Parisiens et touristes dans les salles à accès gratuit – comme on peut voir) :

Image

Je dis ça, parce que dans l’exposition sur l’artiste majeur – et figure fondatrice de l’art hongrois moderne (par ailleurs contemporain et compatriote de Klimt et de Mucha) – on était dans les salles et les 150 tableaux et dessins de l’artiste une petite trentaine de personnes (le prix d’entrée de 17 € et le côté « inconnu au bataillon » de ce peintre livrent probablement une explication de ce « décalage »).

Les premiers tableaux font clairement partie du courant du naturalisme (sujets populaires et représentation des gens presque photographiques et des compositions bien équilibrés – Devant les affiches montre bien l’influence de Caillebotte). Ferenczy a baigné tôt dans un monde bourgeois et hautement culturelle et fait, avec sa femme (cousine éloignée et peintre aussi – Olga Fialka)

Image
Portrait de sa femme – réalisé par K.F.

des sejours prolongés en Europe (Munich – 1885 avec ensuite des voyages à Rome, Naples et Florence), de nouveau Munich en 1893), Paris (1887) – ou il va étudier chez Chavannes et Bastien-Lepage. A chaque voyage-sejour Karoly puise de nouvelles idées qui irriguent son art et sa conception de l’Art qu’il va bientôt enseigner. Enfin, il y a la colonie d’artistes crée par Ferenczy et ses amis à Nagybanya – aujourd’hui Roumanie – colonie qui s’inspire largement de l’Ecole de Barbizon.

(« tension érotique de la composition  » – le catalogue dixit. Et je cite un passage d’un article de C. Donner dans l’Express : « Avec le temps, Ferenczy révèle le précipice qui sépare la photographie et la peinture. C’est tout bête : avec son pinceau dans la main gauche, Ferenczy touche les corps, il les caresse pendant des heures, et après la pose il continue, peaufine, quand le photographe a cette manie de se détourner de son sujet aussitôt l’obturateur refermé, comme si l’objet de son désir n’existait plus, ce qui est le cas. Je n’aurais pas parlé de la nudité des corps de Ferenczy, vous êtes assez grands. »

Couleurs comme sorties directement du tube – peinte dans sa maison de campagne loin du tumulte de la ville. (Szentendre).

Image
Baigneurs

Enfin le double portrait de ses enfants Noémi et Béni – devenus des artistes aussi.

Image

Bizarre, la position du bras de Béni m’a fait penser à Balthus…. et pourtant…

En sortant du Petit Palais j’ai malgré la chaleur fait un tour à pied direction Pont Neuf (en passant par le Louvre) – presque vide – tout le monde ayant fui le soleil.

Image

Le Pont Neuf transformé pour une courte période par l’artiste JR en « caverne » « rendant hommage à Christo (pour moi n’est pas Christo qui veut) – je ne suis pas entré….

PS : Pendant mon sejour à Avignon Miriam a publié sur son blog une belle présentation de l’exposition Ferenczy que je souhaiterais partager avec vous. Elle en parle bien tout en soulignant son regret d’apprendre que la femme de Karoly à savoir Olga Fialka plasticienne de renommé à l’époque s’est effacé après avoir porté sur le devant son mari pour ensuite s’occuper plutôt de ses enfants. Une autre époque !

https://netsdevoyages.car.blog/2026/07/15/karoly-ferenczy-modernite-hongroise-au-petit-palais/

Publié dans Art et peinture, Voyages | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , | 4 commentaires

Springfield

Roman de Sergueï Davidov – traduit du russe par Nicolas Stuyckens

Titre original : СПРИНГФИЛД

Image

Lecture dans le cadre de la préséléction des candidats au Prix Caillé 2026. Je ne fais « que » parler du livre et non pas de la qualité de la traduction (qui est et reste l’affaire du jury dans son ensemble et qui décidera fin juin des finalistes). Je n’exprime que mon opinion à moi.

Présentation de l’Editeur (Perspective Cavalière)

Andreï et Matveï se rencontrent à Samara où ils font leurs études. Tous deux rêvent d’un avenir meilleur, loin de la poutinolâtrie et de la queerphobie ambiantes. Andreï veut devenir correspondant de guerre, au grand dam de sa mère réfugiée du Tadjikistan qui entend faire de lui un homme d’affaires. Matveï, qui se voit en super-héros, vient comme lui de Togliatti, une ville créée autour de l’industrie automobile en amont de la Volga, où ses parents d’origine ukrainienne se noient dans la télévision et dans l’alcool. Pour sortir de ce milieu polarisé entre propagande et marginalité, ils doivent quitter « Springfield », leur quartier perdu au milieu de la steppe… Sergueï Davidov, né en 1992 à Togliatti, vit à Stuttgart depuis 2022. Il est l’auteur de nombreuses pièces représentées en Russie, en Europe et aux États-Unis. Son roman Springfield, publié par Freedom Letters et censuré par le Roskomnadzor, est un phénomène dans le monde littéraire russophone.

Image
Extrait du documentaire « Bienvenue en Tchechenie » (Public Square Films)

« Encore un jour où je ne me suis pas réveillé à New York. » Dès sa première phrase, Springfield donne le ton. Le rêve est ailleurs. Certainement pas à Samara, sur les rives de la Volga, où vivent Andreï et Matveï, deux jeunes hommes de vingt-deux ans qui tentent de construire leur avenir dans une Russie qui semble n’en plus avoir.

Le « Springfield » du titre n’est pas celui des Simpson. C’est le surnom donné à leur quartier, un ensemble de logements modestes à la périphérie de la ville. Derrière cette référence à l’Amérique se cache bien davantage qu’un clin d’œil à la culture populaire : un imaginaire de liberté, une promesse d’échappée, un lieu rêvé où il serait enfin possible de vivre sans se cacher. Car Andreï et Matveï s’aiment dans un pays où l’homosexualité est devenue une cible politique et où les personnes queer vivent sous le poids constant de la peur et de la discrimination.

Né en 1992 à Togliatti, Sergueï Davidov livre avec Springfield un roman d’une certaine originalité formelle. Prose, échanges sur les réseaux sociaux, poésie, humour, mélancolie et fulgurances se mêlent dans un récit qui en fait un livre difficile à classer. On en vient à se dire que cette liberté d’écriture semble être choisi pour mieux contraster avec l’univers étouffant qu’il décrit : une Russie provinciale gangrenée par l’inertie, le découragement et l’absence de perspectives.

Toutefois point de misérabilisme. Andreï et Matveï s’amusent, rêvent, s’inventent des avenirs improbables, volent des caleçons, discutent de musique, de séries et de départs impossibles. Une sorte de résistance de par la fuite dans l’amour, l’imagination, l’espoir. Dans un monde dans lequel l’avenir paraît confisqué, ces actes deviennent profondément subversifs (j’ai déjà souligné cette subversivité dans la poésie de Wolf Biermann en RDA – eh oui, le même monde cloisonné).

L’histoire s’achève juste avant l’invasion de l’Ukraine et le nouveau tour de vis répressif contre les personnes LGBTQ+. Nous qui lisons le livre savons ce qui attend les personnages ; eux l’ignorent encore. Cette innocence tragique confère au récit une émotion et tension particulière. L’espoir qui les porte apparaît d’autant plus précieux que nous savons combien il sera bientôt menacé.

Image
„ »Springfield » can under no circumstances be published in modern Russia, and not only because of the « wrong » orientation of the main character.“ „[…] this is a generational novel. The generation of thirty-somethings, crushed by Russian reality, destroying everything alive and unlike the mainstream. It is a must-read.“

Au-delà de la chronique amoureuse, Springfield dresse le portrait saisissant d’une génération coincée « entre la liberté et le servage », cherchant un sens dans un paysage social et politique en décomposition. Les rives desséchées de la Volga, les immeubles anonymes, les rêves d’Amérique projetés sur les murs d’un appartement derrière un rideau aux couleurs du drapeau américain composent un tableau symbolique.

Interdit de publication en Russie, le roman a trouvé refuge à l’étranger, à l’image de son auteur aujourd’hui installé hors de son pays. Une œuvre profondément humaine, tendre et douloureuse, qui parle d’amour, d’exil intérieur et du besoin universel de croire qu’un autre monde reste possible. Les deux « héros » laissent une trace chez le lecteur – même si j’aurais préferé moins de mélange de prose, échanges sur les réseaux sociaux, poésie. Le récit aurait pu, à mon avis, fonctionner aussi bien avec un style plus homogène. Mais je soulignerai l’inveNtivité et une vraie sincérité.

Publié dans Livres, Traduction | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Poèmes de la brèche

Image

Un autre candidat au Prix Caillé 2026 – qui ravira (peut-être) ma chère poetesse blogeuse Marie-Anne « La bouche à Oreilles » – mais qui est à mettre dans les mains de nous tous, qui certes souffrons, au moment ou j’écris ces lignes de la canicule, mais qui vivons bien chez nous, loin des obus et drones, des morts violents, loin de la guerre. Le recueil ne laissera personne indifférent.

Cet ouvrage de Maksym Kryvtsov paru chez Les Editions bleu et jaune (Titre original : Вірші з бійниціa) a été traduit par Nikol Dziub qui candidate donc après sa traduction remarquée de  » Presque jamais autrement » cette année avec 2 ouvrages. Je ne parlerai pas de la traduction mais présente ce receuil comme lectteur et non comme membre d’un jury. Je parlerai en mon nom et non pas au nom du Jury – qui se réunira fin juin à Paris.

Image

4e de couverture :

Image

Beaucoup est dit dans cette 4e de couv’. L’auteur est tombé au combat (le livre a été publié en Ukraine un mois avant sa mort) – ces poèmes, écrits au front dans les tranchés – sont empreintes de la violence de la guerre et m’ont profondément touché. Pas étonnant que le PEN Club ukrainien l’a salué « comme l’un des plus beaux de l’année » – c’est, à mon avis aussi à cause des belles photos que l’Editeur a jointes aux mots/maux.

Poésie d’un homme poète qui a fait le choix de combattre pour défendre son pays et qui est tombé. Mots qui certes laissent entendre la désolation et la violence de la guerre mais ne cachent pas la nostalgie et mélancolie des jours heureux qui se sont évanouis, ce qui témoigne de ce que les rêves perdurent « même » dans le chaos.

Image

Poésie puissante qui illustre parfaitement la folie des humains – je dois dire que la photo de la 1ere de couv’ a été choisie intelligemment – ces deux chaussures disent plus que tout mot.

Image

Ce recueil ce ne contient pas des textes « sur » la guerre, mais doit être lu comme un livre avec des textes écrits de l’intérieur de la guerre, comme du dedans de la guerre (sous le sifflement des drônes). Pas de grand discours idéologique, pas de haine non plus, juste de la tristesse que ce soit ainsi – Maksym K. nous parle – avec une langue simple (en apparence) constellée d’images et métaphores – d’une humanité qu’on n’attendait pas dans un receuil empreint de la guerre. Et ça serre le coeur.

Image

J’aurai envie de citer d’autres extraits ou poèmes parfois désesperés, d’autres fois empreints de solitude comme son cri « maman, reveille moi » qui clôt le poème « Je me souviens« .

De plus, c’est un bel « objet » et permet en effet d’écouter grâce à des QR-codes d’entendre la voix de Maksym Kryvtsov.

Par ailleurs Le Monde rapelle dans sa proposition de choix littéraires (La liste de la matinale en date du 27.11.2025) que « plus de 100 écrivains ukrainiens ont été tués par l’agresseur russe depuis le 24 février 2022« .

Publié dans Actualités et politique, Livres, Traduction | Tagué , , , , , , , , , , | 2 commentaires

Das Narrenschiff – La nef des fous

Texte un peu plus long que d’habitude – mais je parle d’un livre somme de 750 pages – tzzzz – qui de plus est, n’a pas été traduit en français.

A l’occasion de mon dernier voyage en Allemagne j’ai rapporté (outre le roman de Schlink : Das späte Leben – Ce qui reste) une oeuvre de Christophe Hein, originaire de la RDA. Auteur « chroniqueur » (douze livres traduits en français – je vous conseille le formidable « L’ami étranger » = « Drachenblut » et « Paula T, une femme allemande« ) mais d’une grande importance d’intellectuel en Allemagne – « même » après la réunification.

Image

Le roman porte le même nom qu’un succès littéraire datant de 1494 (« Narrenschyff« ) : écrit par l’humaniste strasbourgeois Sébastien Brant (qui, en une centaine de chapitres – sans avoir vérifié, je pense que cette nef des fous de Hein n’est pas loin de cette centaine de chapitres – décrit une multitude de « fous » qui se trouvent sur un bateau à cause de leur péchés (ou erreurs moraux)).

Le ton est donné.

Le lecteur sera embarqué sur une « croisière » de 1945 à 1989 dans la Répubique Démocratique d’Allemagne (RDA). Cette « nef des fous » désigne à mon avis métaphoriquement la RDA elle-même. Les cadres (politiques) dirigeants et quelques citoyens apparaissent comme les passagers d’un bateau engagé dans une direction erronée. Certains des « passagers » perçoivent les erreurs du système, d’autres les ignorent ou refusent de les voir, mais tous participent à leur manière (aussi en se taisant) à cette traversée qui conduit finalement à l’effondrement de 1989.

Image

Le postulat de C. Hein est que le système (qui va être influencé par les changements politiques à Moscou – ainsi 1956 la nouvelle doctrine que Staline n’est pas/plus un classique du marxisme – un grand choc dans le monde communiste) était voué à l’échec dès ses origines, mais continue néanmoins sa course pendant plus de quarante ans.

Donc, un roman (épique et chronique) de 750 pages de l’Histoire de la RDA et de ses citoyens (de la création / la naissance de l’Etat jusqu’à la chute du mur). C’est passionant. Toutefois, je peux comprendre la réticence des Editeurs français de le (faire) traduire, tant c’est « allemand », tant ça fourmille de références à l’Allemagne, même si je le regrette, puisque faire le tour de l’Histoire de cette partie d’Allemagne de manière agréable avec des personnages archétypes qui vivent l’évolution du pays en s’adaptant continuellement (aux changements de la politique décidée en partie par Moscou.

Le roman suit plusieurs familles et personnages appartenant principalement aux élites politiques, administratives et intellectuelles de la RDA. Parmi eux figurent d’anciens communistes revenus d’exil soviétique après 1945, des opportunistes ayant su se « recycler » après la chute du nazisme, des fonctionnaires du parti, des intellectuels, mais aussi leurs enfants et leurs proches. Au fil des chapitres et décennies, ces personnages participent à la construction d’un État qui prétend incarner une société plus juste et une «Allemagne meilleure » (que celle de l’Ouest). Neanmoins, les idéaux initiaux se heurtent progressivement à la bureaucratie, aux dogmatismes idéologiques, aux diverses luttes de pouvoir et surtout à la déroute (prévisible) du système économique.

L’histoire et l’existence même des protagonistes sont traversées par les grandes étapes de l’histoire est-allemande – le soulèvement du 17 juin 1953, la déstalinisation (exit le culte de Staline, arrivée de Chrouchtev, la construction du Mur, les crises politiques successives et finalement l’effondrement du régime).

Image

Les sujets traités de manière sous-jacente (et souvent introduits par les discussions entre les personnages) sont : l’écart entre l’idéal communiste et la réalité (du pouvoir) ; l’opportunisme politique sous toutes ses formes couplés avec une constante adaptation aux régimes successifs ; la responsabilité individuelle dans les systèmes autoritaires ; les illusions collectives et leur effondrement.

Le roman débute dans les ruines de l’Allemagne de 1945. Animés par la conviction qu’il est possible de bâtir une société plus juste après la catastrophe nazie, les fondateurs de la RDA s’attellent à la construction d’un nouvel État. Mais, au fil des décennies, l’enthousiasme des débuts cède la place à la rigidité idéologique, à la bureaucratie et à l’immobilisme. À travers le destin de plusieurs générations. Hein montre comment un projet politique porté par des ambitions somme toutes « nobles » peut progressivement se figer jusqu’à perdre tout contact avec la réalité.

Image

L’une des grandes forces du roman réside dans son refus du manichéisme. L’auteur ne se contente pas de dénoncer les dérives du régime : il s’efforce de comprendre les motivations de ceux qui y ont cru. Ses personnages ne sont ni des héros ni des monstres. Beaucoup agissent avec sincérité, persuadés de servir une cause juste, tandis que d’autres s’adaptent aux circonstances avec davantage de pragmatisme qu de conviction. Cette complexité humaine confère au récit une profondeur remarquable.

Image

Plus qu’un simple roman historique, Das Narrenschiff interroge les mécanismes de l’illusion collective, la relation entre idéalisme et pouvoir, ainsi que la responsabilité individuelle face aux structures politiques. Christoph Hein excelle à montrer comment l’Histoire s’inscrit dans les existences ordinaires et façonne les destins personnels.

Par son ampleur, sa rigueur documentaire et son regard nuancé, ce roman s’impose comme l’une des réflexions les plus ambitieuses consacrées à l’expérience est-allemande. Loin des jugements simplificateurs, Hein propose une méditation lucide sur les espoirs, les aveuglements et les contradictions qui accompagnent toute entreprise humaine de transformation du monde. Ce roman-fleuve érudit et exigeant raconte moins la chute de la RDA que l’histoire d’une croyance politique, de sa naissance à son épuisement.

Je crois que ce qui rend ce livre particulièrement intéressant, c’est qu’Hein, lui-même né en 1944 et ayant vécu l’essentiel de son existence en RDA, écrit moins en procureur qu’en témoin. Son regard est critique, mais aussi empreint d’une certaine mélancolie : celle d’un projet qui a échoué sans que les aspirations qui l’avaient fait naître soient pour autant entièrement discréditées. C’est probablement cette ambivalence qui donne au roman sa véritable profondeur. J’ai trouvé par ailleurs quelques critiques qui pointent d’une part le fait que tous les protagonistes finissent par incarner l’échec du projet socialiste est-allemand. Christope Hein semble (en effet) réduire l’histoire de la RDA à celle de sa nomenklatura (les élites du régime) et néglige (en effet) totalement des figures majeures comme Wolf Biermann (qui par ses chansons était « déjà » en résistance dans les années 60 (interdiction de chanter entre 1965 et 1976 – tandis que ses oeuvres ont été publiées en Allemagne Fédérale – je l’ai entendu – moment inoubliable – dans la Maison d’Allemagne à Paris en 1978 (Heinrich-Heine-Haus) quand il avait sommé à quitter la RDA (en 1976) – Expatriation « pour manquement grave aux devoirs civiques »

Image

ne parle que très peu des opposants politiques et les mouvements dissidents (juste évoqués), le rôle de l’Eglise et ne parle que périphériquement de l’influence de l’Allemagne de l’Ouest (même si on lit souvent que les citoyens de notamment de Berlin sont déboussolé par les divergences entre les infos vues ou entendues dans la TV est-allemande et ouest-allemande).

PS : A l’occcasion de mes recherches de photos pour mes bafouilles je tombe sur un article Rhétoriques du pouvoir en Allemagne au XXe siècle dont voici un extrait – pour illustrer un peu ce que Christophe Hein pointe souvent dans ce livre riche (à savoir comment cacher des réalités et comment les citoyens et cadres politiques étaient coincés entre deux chaises):

La langue officielle de la RDA et la façon de la parler visent une performativité tautologique : elle auto-confirme les choix du régime, comme quand elle énonce que :

Der Beschluß des Politbüros zur Erhöhung der Leistungsfähigkeit des Industriebaus der DDR vom 1. September dieses Jahres gibt allen Partei- und Arbeitskollektiven in unseren Kombinaten ebenso wie unseren Kooperationspartnern hierzu eine klare und weitreichende Orientierung.

L’histoire est en cours, le processus en formation, là où le nazisme brassait l’Histoire de l’humanité en grandes coupes séculaires, dont ce Troisième Reich qui devait durer mille ans… Puisqu’on est « en train » de travailler à des lendemains qui chantent, c’est le comparatif qui va être la graduation privilégiée par cette variété : des formules de type « von Tag zu Tag« , « immer mehr« , « der stetige Fortschritt » ou des phrases entières de type « Diese qualitativ höheren Anforderungen können nur durch umfassende Intensivierung bewältigt werden » (cf. exemples cités par Kauffmann 2003, p. 148 & 149) font le lien entre un présent difficile pour les citoyens et une incantation au progrès : ça va aller mieux, c’est déjà en train d’aller mieux ! Son caractère tautologique fait que, quand on se trouve à l’intérieur de la langue de bois, il n’est guère possible de dire autre chose, et quand on est à l’extérieur, on n’est plus un citoyen légitime.

:

Publié dans Actualités et politique, Livres | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 commentaires

Vélo dans la vallée du Lot (3) – Fin

Image

Une dernière – quelques Bastides construites parfois autour d’une église ou un château. Les maisons sont placées en un alignement. L’emplacement d’une bastide donne la priorité au commerce et se trouven toujours près d’un carrefour et de routes commerciales. Le plan architecturale des bastides est souvent proche d’un échiquier carré dont le centre est toujours occupé par une place carrée entourée souvent de galeries couvertes (les cornières) avec une halle en bois utilisée pour les marchés.

Ainsi p.ex. Pujols (pas toutafé une bastide, mais un des Plus beaux villages de France – ancienne place forte sur un promontoire rocheux – à 6 km au Sud de Villeneuve sur Lot. Reconstruite après sa destruction dans le contexte des conflits entre Cathares et l’Eglise avec des fortifications.

Un autre plus « Bastidien » : Monflanquin à la frontière du Périgord et du Quercy.

Sur la route encore qqs ruines, vue sur le chateau de Bonaguil, Sauveterre-la-Lemance et bien d’autres situés sur des petites départementales paisbles à l’ombre des forêts.

Publié dans Photo, photographies, randonnées, Voyages | Tagué , , , , , , , , | 2 commentaires

Vélo dans la vallée du Lot (2)

Image

Touzac/ Soturac à Luzech (AR)

Image

Notre « variante » consitait à passer par Pont l’Evèque et nous avons fait demi-tour à Albas (rique de pluie), et glace à Prayssac, ou nous avons eu une belle discussion avec une tenancière à poigne (qui nous a fait un cours sur les grands stars de la TV qu’elle a rencontré à Cannes (et qui ne sont pas tous aussi « gentils » qu’on pourrait penser.

Petites routes départementales avec franchement très peu de circulation, traversée des vignobles du Cahors, parfois on se croirait en Bourgogne. Déjeuner – – salades et sandwichs à Castelfranc (ou il y a un joli petit jardin Le Jardin des Sens dans lequel de belles fleurs jouxtent des photos de très belle qualité). C’était une des plus belles journées que nous avons terminée dans la piscine de notre gîte.

Cahors

Redécouverte (pour moi) de Cahors dont j’avais seulement le pont Valentré en souvenir d’un séjour dans le Gers en 2012.

Mais la ville offre nettement plus de choses : une très belle cathédrale (Saint-Etienne) avec un beau Cloitre (Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco)

et surtout une vieille ville avec des maisons moyenageuses (plus de 300 maisons des 12e, 13e et 14e siècle). Nous sommes restées seulement 2h, mais il y a de la place pour davantage d’heures.

A cela s’ajoute que la ville expose actuellement sur 17 sites à travers la ville  80 sculptures grand format de Marc Petit. Pas très gais (« L’expression de ses figures, parfois tourmentées ou en souffrance, suscite l’émotion et la réaction, mais jamais l’indifférence. Elle nous rappelle que cette déchéance corporelle conditionne, pour partie, notre humanité« ) mais en effet impressionantes et nous forçant à voir le monde et ses représentations différemment (encore jusqu’au 20 septembre 2026). [Marc Petit]

« Ma sculpture est aride, burinée par le soleil. J’ai l’habitude de dire qu’elle économise l’eau, qu’elle est issue des paysages des Causses du Lot, des terres qui craquellent, des chênes tortueux ». Marc Petit

Vélo dans la vallée du Lot (3) – à suivre

Publié dans Art et peinture, Photo, photographies, Voyages | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , | Un commentaire