TT281
| TT281 Tombeau de Montouhotep III | |
| Tombeaux de l'Égypte antique | |
|---|---|
Le temple inachevé en 1920 | |
| Emplacement | Vallée des Couleurs |
| Construction | XIe dynastie (XXe siècle av. J.-C.) |
| Coordonnées | 25° 44′ 01″ nord, 32° 36′ 06″ est |
| Découverte | 1903-1904 |
| Découvreur | Robert Mond |
| Fouillé par | Herbert E. Winlock |
| Classement | |
| Tombe thébaine | - TT281 + |
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Le temple funéraire de Montouhotep III est un temple de l'Égypte antique inachevé située à Deir el-Bahari, dans la nécropole thébaine, près de la ville de Louxor. Ce temple, s'il avait été achevé, aurait dû avoir une apparence assez similaire au célèbre temple funéraire de Montouhotep II situé non loin de là. Le seul élément du temple à avoir été dans une certaine mesure achevé est la tombe du roi, probable lieu de sépulture du pharaon Montouhotep III (XXe siècle av. J.-C.), creusée dans la montagne thébaine. Lors de sa découverte, l'hypogée fut assimilé à une tombe privée et numérotée TT281, selon la nomenclature des tombes thébaines de la vallée des Nobles.
Description
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Le temple mortuaire de Montouhotep III est un temple de l'Égypte antique inachevé situé dans la nécropole thébaine, sur la rive ouest du Nil en face de la ville de Louxor (l'ancienne Thèbes)[1]. Le temple se situe au sud de Deir el-Bahari, dans la vallée des Couleurs qui se trouve entre la montagne thébaine et la colline de Cheikh Abd el-Gournah[2]. Il est situé à six-cents mètres au sud-ouest du temple funéraire de Montouhotep II[3].
D'après les vestiges retrouvés, le temple une fois achevé aurait dû avoir un plan assez similaire au temple funéraire de Montouhotep II de Deir el-Bahari, à savoir un temple construit sur une plateforme au pied de la montagne, une tombe creusée dans la montagne, et une chaussée longue de plusieurs kilomètres reliant le temple aux bords du Nil[4],[5],[1].
Peu de choses subsistent de ce temple : il ne reste que les vestiges d'une chaussée aboutissant à la plateforme du temple et un passage en pente creusé dans la paroi rocheuse[1]. La plateforme a été nivelée dans le calcaire de la montagne, nécessitant l'extraction de 70 000 à 80 000 mètres cubes de roche. Cette plateforme a été terrassée sur cent mètres de large pour cinquante mètres de long, soit la moitié de la surface attendue (un carré de cent mètres de côté). La construction du temple lui-même n'a jamais dépassé l'étape de creusement de tranchée de fondation. Le seul élément maçonné d'époque sur la terrasse est un mur de brique entourant la plateforme[4],[5],[6]. Une construction de trois pièces en briques a plus tard été construite sur la plateforme, probablement au Nouvel Empire[7].

L'hypogée est également inachevé. Un passage a été creusé sur trente-cinq mètres et la fin du couloir a été visiblement élargie à la hâte afin de créer une chambre funéraire[6]. La chambre a été construite en blocs de quartzite rouge[1] et les murs possèdent un revêtement en calcaire au lieu du granite attendu[6]. Le plafond est en encorbellement. Des graffitis hiératiques gravés près de la tombe semblent avoir été écrits par des prêtres du culte funéraire du roi et indiquent que, malgré l'inachèvement du monument, l'enterrement du roi a bien eu lieu[1].
La chaussée destinée à relier le temple à la plaine inondable en contrebas aurait dû mesurer mille-deux-cents mètres de long pour quatre-vingts mètres de large avec une inclinaison de 4%. Elle aurait débouché très exactement à l'endroit occupé quelques siècles plus tard par le Ramesséum[4]. Les travaux de construction ont bien débuté aux deux extrémités de la chaussée mais les deux sections n'ont jamais été connectées[6].
Fouilles
[modifier | modifier le code]Le temple mortuaire inachevé est découvert par l'archéologue Robert Mond lors de fouilles de la nécropole thébaine durant l'hiver 1903-1904. Celui-ci note la présence d'une cour entourée de murs de brique ainsi que d'une tombe pillée donnant directement sur la cour. L'archéologue date le site de la XIIe dynastie mais n'est pas en mesure d'en déterminer la nature exacte. Mond découvre dans la tombe des fragments de bas-reliefs en calcaire peints représentant un roi et une barque funéraire. L'archéologue rapporte aussi la présence de centaines de coupes et de pots votifs abandonnés dans la cour et dans la tombe[8]. La tombe est par la suite assimilée à une des nombreuses tombes privées de la vallée des Nobles et numérotée TT281[9].

Quelques année plus tard, en 1914, l'archéologue Herbert E. Winlock visite le site et comprend que la cour découverte par Robert Mond est en réalité une terrasse aménagée dans la roche de la montagne. Cette plateforme est accompagnée d'une chaussée inachevé dirigée vers le Ramesséum en contrebas. Winlock fait ainsi le lien avec les restes d'une ancienne chaussée découverte près du Ramesséum dont on ignorait à quel monument elle pouvait mener. L’égyptologue détermine que le site découvert par Mond est en fait un temple mortuaire inachevé, similaire à celui de Montouhotep II à Deir el-Bahari[4],[10]. Herbert Winlock revient en Égypte après la Première Guerre mondiale et participe à la campagne de fouilles de l'hiver 1920-1921 du Metropolitan Museum of Art visant retrouver des tombes royales de la XIe dynastie autour de Deir el-Bahari [5]. Winlock dégage complètement la cour découverte par Mond et et confirme qu'il s'agit de la terrasse d'un temple inachevé. Il y découvre une tranchée de fondation de bâtiment contenant des dépôts de viande[5],[6]. La tombe associée au temple découverte par Mond étant beaucoup plus petite que celle de Montouhotep II, Winlock émet d'abord l'hypothèse qu'il s'agit d'une tombe de reine ou de haut dignitaire[4],[5]. L'archéologue découvre une douzaine de tombes en fosse à l'intérieur et à l'extérieur du mur de briques (numérotées MMA1001-1011, MMA1013 et MMA1016-1020)[5],[11], certaines très postérieures à la XIe dynastie, mais ne parvient pas à trouver de tombe royale sur le site. Il conclut finalement que la tombe fouillée par Robert Mond est bien la tombe royale – probablement inachevée – du temple et n'exclut pas qu'elle ait pu être utilisée par un roi[5],[6]. Il l'attribue finalement au pharaon Montouhotep III de la XIe dynastie[6].
Identification
[modifier | modifier le code]L'identification formelle du commanditaire du temple et de la tombe est rendue compliquée par le faible état d'avancement de la construction[7],[11], ainsi que par l’absence d'inscription sur le site[12],[13]. La ressemblance et la proximité géographique du temple inachevé avec le temple funéraire de Montouhotep II plaident pour un successeur plus ou moins direct de Montouhotep II[5],[11]. Herbert Winlock a été le premier a attribuer le site à Montouhotep III[6],[7],[11], et cette conclusion a été globalement bien acceptée par ses pairs jusqu'à aujourd'hui[3],[1],[11],[12],[13]. Winlock explique ainsi que le temple ne pût probablement pas être achevé à temps en raison de l'âge avancé de Montouhotep III lors de son accession au trône[6].
L'identification de Winlock est en grande partie basée sur la proximité du temple inachevé avec la tombe TT280. Cette dernière appartient à Méketrê, grand intendant de Montouhotep II et de son successeur Montouhotep III. Contrairement aux autres dignitaires de cette période, Méketrê ne s'est pas fait enterrer dans la nécropole au nord de Deir el-Bahari mais dans une tombe située à trois-cents mètres du temple inachevé, et dont l'entrée pointe directement sur celui-ci. Cela a suggéré que le dignitaire a choisi volontairement se faire inhumer près du roi qu'il servait au moment de sa mort, en l’occurrence Montouhotep III[7],[11].
L'analyse de Winlock a été vivement rejetée dans les années 1990 par Dorothea Arnold[7],[11], égyptologue reconnue pour ses travaux sur la chronologie de cette période[11]. Celle-ci propose que la construction du temple ait plutôt commencée sous le pharaon Amenemhat Ier. Le roi aurait alors abandonné le site lorsqu'il déplaça la capitale du royaume de Thèbes à Licht[7]. Winlock avait lui même d'abord envisagé cette théorie[5] (alors même qu'il ne connaissait pas avec certitude la chronologie exacte de la XIe dynastie[10]) avant de finalement privilégier l'hypothèse Montouhotep III[6]. Malgré tout le mérite des travaux d'Arnold, l'idée d'attribuer le temple inachevé à Amenemhat Ier a peu convaincu la communauté. Aucune évidence ne suggère de quelconques travaux entrepris par Amenemhat Ier à Thèbes. De plus, un graffiti écrit par des prêtres impliquée dans la Belle fête de la vallée sur un promontoire dans les collines entre le temple de Montouhotep II et le temple inachevé mentionne vraisemblablement un culte funéraire royal de Montouhotep II et III. La découverte d'une table d’offrande fonctionnelle sur le site du temple inachevé semble confirmer l'existence de ce culte et donc l'enterrement d'un roi dans la tombe TT281. Cela exclut donc Amenemhat Ier, inhumé dans une pyramide à Licht[11].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 4 5 6 Wilkinson 2000, p. 181.
- ↑ Černý, Desroches Noblecourt et Kurz 1969-1970.
- 1 2 (en) « Theban Necropolis » [PDF], sur Theban Mapping Project
- 1 2 3 4 5 Winlock 1915, p. 29-36.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Winlock 1921, p. 29-34.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Winlock 1943, p. 280-281.
- 1 2 3 4 5 6 Arnold 1991.
- ↑ Mond 1905, p. 77.
- ↑ Slinger 2022, p. 108.
- 1 2 Winlock 1947, p. III.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Willems 2022, p. 684-688.
- 1 2 Porter, Moss et Burney 1960, p. 364.
- 1 2 Porter, Moss et Burney 1972, p. 400.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (en) Robert Mond, « Report of Work in the Necropolis of Thebes during the Winter of 1903-1904 », Annales du service des antiquités de l'Égypte, t. VI, , p. 65-96 (lire en ligne)
- (en) Herbert E. Winlock, « The Theban Necropolis in the Middle Kingdom », American Journal of Semitic Languages and Literatures, vol. 32, no 1, , p. 1–37 (DOI 10.1086/369782)
- (en) Herbert E. Winlock, « The Egyptian Expedition 1920-1921: III. Excavations at Thebes », The Metropolitan Museum of Art Bulletin, vol. 16, no 11, , p. 29-53 (DOI 10.2307/3254486)
- (en) Herbert E. Winlock, Excavations at Deir El Bahri : 1911-1931, New York, Macmillan Company, (lire en ligne)
- (en) Herbert E. Winlock, « The Eleventh Egyptian Dynasty », Journal of Near Eastern Studies, vol. 2, no 4, , p. 249-283 (lire en ligne)
- (en) Herbert E. Winlock, The Rise and Fall of the Middle Kingdom in Thebes, New York, Macmillan Company, (lire en ligne)
- (en) Bertha Porter, Rosalind Moss et Ethel W. Burney, Topographical Bibliography of Ancient Egyptian Hieroglyphic Text, Reliefs, and Paintings, vol. I : The Theban Necropolis, Part 1: Private Tombs, Oxford, Clarendon Press, , 2e éd. (ISBN 9780900416156, lire en ligne)
- Jaroslav Černý, Christiane Desroches Noblecourt et Marcel Kurz, Graffiti de la Montagne Thébaine, vol. I : Cartographie et étude topographique illustrée, Le Caire, Centre d'études et de documentation sur l'Ancienne Égypte, 1969-1970
- (en) Bertha Porter, Rosalind Moss et Ethel W. Burney, Topographical Bibliography of Ancient Egyptian Hieroglyphic Text, Reliefs, and Paintings, vol. II : Theban Temples, Oxford, Clarendon Press, , 2e éd. (ISBN 9780199200269, lire en ligne)
- (en) Dorothea Arnold, « Amenemhat I and the Early Twelfth Dynasty at Thebes », The Metropolitan Museum of Art Bulletin, vol. 26, , p. 5-48 (lire en ligne)
- (en) Richard H. Wilkinson, The Complete Temples of Egypt, Londres, Thames & Hudson, (ISBN 9780500051009)
- (en) Marie-Pierre Aubry, Christian Dupuis, Holeil Ghaly, Christopher King, Robert W.O’B. Knox, William A. Berggren et Christina Karlshausen, « Geological Setting of the Theban Necropolis: Implications for the Preservation of the West Bank Monuments », dans David Aston, Bettina Bader, Carla Gallorini, Paul Nicholson et Sarah Buckingham (eds.), Orientalia Lovaniensia Analecta, t. 204, Leuven, Paris & Walpole, Peeters Publishers, (ISBN 9789042924727, lire en ligne), p. 81-124
- (en) Aidan Dodson, The Royal Tombs of Ancient Egypt, Barnsley, Pen and Sword Books, (ISBN 9781473821590)
- (en) Katherine Slinger, Tomb Families: Private Tomb Distribution in the New Kingdom Theban Necropolis, Oxford, Archaeopress Publishing Ltd, (ISBN 9781803270364)
- (en) Harco Willems, « Egypt’s Middle Kingdom: A View from Within », dans The Oxford History of the Ancient Near East, Volume II: From the End of the Third Millennium BC to the Fall of Babylon, Oxford, Oxford University Press, (ISBN 9780190687571, DOI 10.1093/oso/9780190687571.003.0019), p. 656–727