Aller à La Havane de Leonardo Padura.
Métailié, Collection Bibliothèque hispano-américaine, janvier 2026, 368 pages, 22,50 €, ISBN 979-10-226-1502-0. Ir a La Havana (2024) est traduit par René Solis. Photographies de Carlos Torres Cairo.
Genres : littérature cubaine, roman, essai, beau livre.
Leonardo Padura… Vous pouvez lire ce que j’avais rédigé pour Électre à La Havane en 2023.
J’avais repéré ce livre à sa parution, je l’avais feuilleté en librairie pour voir les photos et j’avais demandé à mon collègue de l’acheter. Ce livre est parfait pour le Mois espagnol et sud-américain d’autant plus qu’on entend beaucoup parler de Cuba en ce moment dans l’actualité (plus d’énergie, plus d’eau…). Billet publié avec du retard, désolée, lo siento.
Début du préliminaire de Leonardo Padura. « Voici un livre que j’ai toujours voulu écrire. J’avais besoin de cet exorcisme pour assouvir l’une de mes obsessions les plus persistantes. Et je suis du genre assez obsessionnel. Ce livre est un chant d’amour à la ville où je suis né et où je vis, écris et subis, l’endroit du monde auquel j’appartiens, comme une bénédiction ou une fatalité sans appel : comme l’eau sur cette île nous entoure de toutes parts. C’est un livre qui a commencé à s’écrire, sans que je le sache, il y a plus de quarante ans, quand j’ai griffonné mes premiers textes, récits et reportages, d’atmosphère, ambiances, personnages, histoires et langage proprement havanais. Ou peut-être a-t-il commencé à se rédiger depuis bien plus longtemps, la première fois où j’ai entendu mes parents dire ‘Aujourd’hui nous allons à La Havane’ et où j’ai compris (ou pas) ce qu’ils entendaient par là. Mantilla, mon quartier, n’était-il pourtant pas à La Havane ? » (p. 7).
Description du livre. Dans la première partie, Comment je suis arrivé de Mantilla à La Havane, il y a 20 chapitres et dans la deuxième partie, La ville, mémoire de quelques quartiers et de quelques personnages, il y a 11 chapitres, puis un court épilogue. En début de volume, il y a 15 photographies en couleurs sur 24 pages (selon qu’elles sont en pleine page ou en double page) et en fin de volume, il y a également 15 photographies en couleurs ou en noir et blanc sur 24 pages (idem pleine page ou double page).

Mantilla, le village créé par des ancêtres espagnols il y a des centaines d’années est devenu, au fur et à mesure qu’il s’agrandissait et que La Havane elle-même s’agrandissait, un quartier de La Havane en tant que capitale. C’est comme si quelqu’un habitant dans un quartier périphérique disait ‘je vais au centre-ville’. Ce phénomène de villages devenus au fil du temps partie prenante de la (grande) ville s’est vu dans tellement de pays (mon exemple favori est le Japon, qui est une île comme Cuba avec des îlots autour, eh bien les petits villages de pêcheurs au centre-est sont devenus des quartiers de Tôkyô !).
J’ai appris tellement de choses sur La Havane, son histoire, ses habitants (il y avait des indigènes paléolithiques lorsque les premiers colons sont arrivés mais je pense qu’il ne reste malheureusement aucune trace…) en provenance d’Espagne puis d’autres pays d’Europe, ainsi que la flotte des Indes, puis des Chinois (particulièrement des Cantonais qui ont créé le quartier chinois) et des Noirs d’Afrique. J’apprends avec surprise qu’il n’y avait pas de littérature jusqu’au début du XIXe siècle (les premiers auteurs, poètes et philosophes sont cités p. 25 et suivantes). Son indépendance en 1902, sa volonté de devenir « la Nice des Caraïbes. » (p. 29), la main basse des États-Unis « des occupants militaires et des investisseurs » (lire en bas de la p. 29-30)… Avec l’influence architecturale des maîtres catalans, la prospérité bourgeoise (de façon légale ou illégale), La Havane est devenue une ville moderne, électrisée, effervescente et flamboyante avec ses immeubles et magasins luxueux, ses restaurants et hôtels tout confort, son tramway « efficace et élégant » (p. 31), sa construction automobile florissante, en fait c’est peut-être à ce moment-là qu’il aurait fallu visiter La Havane, en tout cas, avant la révolution… Je note aussi que Mantilla et La Havane ont subi ce que l’auteur appelle des ‘effacements de mémoire’, des choses belles ou importantes qui soudainement sont devenues inutiles et ont été détruites… Je trouve ça extrêmement triste tout ce patrimoine et cette Histoire perdus.
En tout cas, enfant, l’auteur apprend à connaître Mantilla, joue au base-ball (pelota) avec ses copains (de toutes couleurs) puis, adolescent, découvre les quartiers proches et augmente sa « conquête territoriale » (p. 38) et son éthique (philosophie et fraternité du côté de son père franc-maçon, charité et solidarité du côté de sa mère catholique) mais il s’est toujours « tenu éloigné de tout militantisme fraternel, partisan ou religieux. » (p. 40). Il apprend aussi avec son père ou un oncle à découvrir La Havane, ses stades et ses joueurs de base-ball (je n’ai jamais rien compris aux règles). Puis il y eut la révolution socialiste, la construction de l’Homme Nouveau et tout ce qui s’en suivit soi-disant pour le meilleur mais je pense plutôt pour le pire… Plus de commerce privé, tout est confisqué et réquisitionné par l’administration d’État (facile de voler les biens d’autrui même des plus pauvres). En 1970, « La ville dans laquelle j’entre en tant qu’adolescent est donc un lieu qui s’est assombri, dépeuplé, appauvri, transformé, déformé. » (p. 54). Je connais un peu cette partie de l’histoire et je ne peux pas vous résumer tout le livre que j’ai pris un immense plaisir à lire.
Mais je peux bien sûr vous donner encore quelques infos ou extraits, que je veux partager avec vous et garder pour moi. Bien que je sois plus jeune que l’auteur, ses goûts musicaux me correspondent (p. 61, bien qu’interdits à Cuba), par contre je ne connais pas les artistes cubains des différentes époques que l’auteur cite mais je suis fan du Buena Vista Social Club. Étudiant, il découvre l’amitié fraternelle, l’amour (et le désamour), les parcs et jardins de La Havane (tous renommés bien sûr), la littérature (puisqu’il ne peut pas devenir joueur de base-ball ou journaliste sportif, décision du gouvernement) et il comprend alors où va se diriger sa vie : lire et écrire, ce qui est confirmé : « jusqu’à ce qu’en 1984 je mette un point final à un récit initiatique et très havanais que j’ai appelé Fiebre de caballos (Fièvre de chevaux)… et que je devienne un jeune romancier. Un jeune romancier havanais. » (p. 73).
Ce livre est une extraordinaire succession de souvenirs, témoignages, informations personnelles, culturelles (théâtre, musiques…), historiques, touristiques voire économiques, entre autres puisqu’il parle aussi des côtés sombres comme le proxénétisme et la prostitution. Il se lit comme un roman mais moins vite qu’un roman (surtout avec cette longue note de lecture !) et c’est pourquoi j’ai du retard dans la publication de ce billet.
J’ai souvent rêvé d’aller à La Havane… Depuis que j’ai lu (je pense que j’avais une dizaine d’années) Notre agent à La Havane de Graham Greene (1958-1959) « emprunté » dans la bibliothèque de mon père puis vu le film (1959, cité par l’auteur p. 19) quelques années plus tard (j’en ai gardé une passion pour les films en noir et blanc et pour les histoires d’espionnage). La Havane ayant été créée il y a plus de 500 ans (les 500 ans ont été célébrés en 2019), « fondée en 1519, à l’ombre d’un ceiba (arbre sacré) et au bord d’une baie très propice pour mettre les navires à l’abri de la malédiction cyclique qui balaie les Caraïbes : l’ouragan – un phénomène que les aborigènes cubains considéraient comme une force démoniaque. » (p. 24), je m’imaginais les vieux bâtiments historiques, les populations bigarrées, les plantations de café et de tabac à cigares, le ciel bleu, les palmiers, la mer, les levers et couchers de soleil, les couleurs, comme un petit paradis sur terre parce que j’ai vu de belles photographies, des documentaires et que j’aime bien les grandes voitures colorées (qui devaient polluer énormément !) mais je sais que tout a changé depuis la révolution dans les années 1950 et avec l’actualité de maintenant. Je veux donc savoir, découvrir, apprendre (à défaut de pouvoir y aller un jour…) et je peux dire en paraphrasant l’auteur (préliminaire ci-dessus) : ‘Voici un livre j’ai toujours voulu lire’ !
J’ai énormément apprécié 1. les photos (pleine page ou double page) de Carlos Torres Cairo (prises entre 1992 et 2024, année de parution du livre à Cuba). 2. les extraits des romans (14 publiés) choisis par Lucía López Coll « qui a vu naître et grandir toutes mes créations littéraires, a su retenir les plus appropriés dans le cadre de ce livre, et elle l’a fait de façon très satisfaisante. » (p. 9) ainsi je me suis délectée d’extraits de romans que j’ai très envie de lire. 3. que les notes soient en bas de page donc bien plus faciles à lire qu’en fin de livre.
Pour Challenge lecture 2026 (catégorie 58, un livre d’un auteur de plus de 70 ans, Leonardo Padura a 70 ans et plus de 9 mois), Enna’s ABC challenge (lettre P), Petit Bac 2026 (catégorie Lieu avec La Havane).